S'il y a une chose à laquelle je n'étais pas préparé et encore moins formé lorsque j'ai débuté dans cette aventure, c'était bien à l'art de recruter, d'encadrer et de motiver des collaborateurs. Le management, si vous préférez.
Il faut aussi dire que je n'avais aucune expérience professionnelle mis à part d'innombrables jobs d'été comme chauffeur livreur, manutentionnaire, assistant préposé aux visas dans une agence de voyage, soudeur en électronique, vendeur dans le prêt à porter,...
Je n'avais jamais connu l'entreprise dans la durée avec un patron, des collègues, un plan de carrière, des réunions, un ou une responsable des ressources humaines. Je ne savais pas comment tout ceci fonctionnait et je n'avais aucun modèle en tête.
Lorsqu'il a fallu que je recrute mes tout premiers collaborateurs, ce fut donc le règne de l'improvisation et de l'empirisme. Aujourd'hui, on appellerait ça du "freestyle."
J'avais conscience de ce que les gens devaient faire pour m'aider mais j'étais très ignorant des codes de la relation quotidienne au travail et presque incapable de penser la nécessaire organisation pour parvenir à quelque chose d'épanouissant et de stimulant.
Je résolus cette entêtante question en me contentant de créer les conditions d'un environnement qui serait agréable pour tout le monde.
La seule chose que je savais, c'est qu'il fallait qu'il soit plaisant de travailler au sein de mon agence. Etait-ce le besoin d'être aimé par les collaborateurs ou tout simplement le désir de présider à un quotidien sans prise de tête, un peu des deux certainement.
J'avais le souci du bien-être de mes premiers collaborateurs au-delà de mon bien être à moi. J'étais fier qu'ils aient accepté de travailler avec moi et j'avais envie de les en remercier en leur concoctant quelque chose de sympathique.
C'était sûrement d'une naïveté confondante et peut-être pas de la plus grande efficacité mais ça fonctionnait à peu près.
Deux prénoms me reviennent en tête lorsque je pense à ces années-là, Nathalie et Sabine.
Nathalie était une jeune fille exubérante que j'avais recrutée comme stagiaire dans l'année 1989. Une très jeune femme qui avait déjà les stigmates de l'attachée de presse telle qu'on la caricature parfois, relationnelle et combative, un (gros) brin diva mais douée d'une force relationnelle considérable.
Elle était explosive, se plaignait tout le temps de ne pas avoir les moyens de nos ambitions (et à juste titre d'ailleurs) mais elle survolait avec beaucoup d'aisance le milieu journalistique dans lequel elle nouait des relations aussi solides que nouvelles. C'était une perle, totalement ingérable mais qui fut déterminante dans la conservation de quelques clients industriels avec lesquels nous avions signé.
Sabine était l'inverse de Nathalie. Une pure intellectuelle, raffinée et renfermée. C'était un peu mon âme soeur, celle avec laquelle je passais des heures entières à échanger sur tout et sur rien, sur la communication mais aussi sur l'air du temps, l'actualité, la vie. Nous avions une relation professionnelle très intéressante et nous écrivions ensemble les propositions à nos prospects et clients avec un souci de la perfection qui nous poussait parfois à travailler très tard le soir.
J'en ai pris conscience seulement plusieurs années après mais j'étais très sévère avec elle. Je voulais qu'elle donne le meilleur d'elle-même car je sentais un potentiel immense dans cette jeune personnalité à la curiosité généreuse.
L'une et l'autre n'ont pas dû rester plus d'un an à l'agence mais ce furent deux personnalités fondatrices de mes qualités de manager. Elles m'ont chacune à leur manière "baptisé" en formulant des exigences qui m'ont appris comment il fallait que je me comporte avec mes collaborateurs.
J'ai conservé ce goût pour les ambiances harmonieuses dans lesquelles on prend du plaisir à bosser mais j'ai acquis grâce à elles mes premiers galons de chef. Et là encore, je leur en suis très reconnaissant.
Encadrer et diriger des gens est l'une des choses les plus dures qui soit. Je ne sais si cela peut s'apprendre mais je sais que rien ne remplace l'expérience et la nécessaire humilité face aux défis que vos collaborateurs mettent devant vos pas. J'ai eu la chance d'avoir ces deux collaboratrices exceptionnelles dans les toutes premières années de ma vie professionnelle.
J'ai perdu de vue Nathalie mais j'ai déjeuné avec Sabine il y a quelques mois à peine. A ma grande joie, elle est devenue ce que j'imaginais qu'elle deviendrait, une brillante journaliste reporter, auteur de livres de référence sur son terrain de jeu, l'Afrique.
A suivre...
Il faut aussi dire que je n'avais aucune expérience professionnelle mis à part d'innombrables jobs d'été comme chauffeur livreur, manutentionnaire, assistant préposé aux visas dans une agence de voyage, soudeur en électronique, vendeur dans le prêt à porter,...
Je n'avais jamais connu l'entreprise dans la durée avec un patron, des collègues, un plan de carrière, des réunions, un ou une responsable des ressources humaines. Je ne savais pas comment tout ceci fonctionnait et je n'avais aucun modèle en tête.
Lorsqu'il a fallu que je recrute mes tout premiers collaborateurs, ce fut donc le règne de l'improvisation et de l'empirisme. Aujourd'hui, on appellerait ça du "freestyle."
J'avais conscience de ce que les gens devaient faire pour m'aider mais j'étais très ignorant des codes de la relation quotidienne au travail et presque incapable de penser la nécessaire organisation pour parvenir à quelque chose d'épanouissant et de stimulant.
Je résolus cette entêtante question en me contentant de créer les conditions d'un environnement qui serait agréable pour tout le monde.
La seule chose que je savais, c'est qu'il fallait qu'il soit plaisant de travailler au sein de mon agence. Etait-ce le besoin d'être aimé par les collaborateurs ou tout simplement le désir de présider à un quotidien sans prise de tête, un peu des deux certainement.
J'avais le souci du bien-être de mes premiers collaborateurs au-delà de mon bien être à moi. J'étais fier qu'ils aient accepté de travailler avec moi et j'avais envie de les en remercier en leur concoctant quelque chose de sympathique.
C'était sûrement d'une naïveté confondante et peut-être pas de la plus grande efficacité mais ça fonctionnait à peu près.
Deux prénoms me reviennent en tête lorsque je pense à ces années-là, Nathalie et Sabine.
Nathalie était une jeune fille exubérante que j'avais recrutée comme stagiaire dans l'année 1989. Une très jeune femme qui avait déjà les stigmates de l'attachée de presse telle qu'on la caricature parfois, relationnelle et combative, un (gros) brin diva mais douée d'une force relationnelle considérable.
Elle était explosive, se plaignait tout le temps de ne pas avoir les moyens de nos ambitions (et à juste titre d'ailleurs) mais elle survolait avec beaucoup d'aisance le milieu journalistique dans lequel elle nouait des relations aussi solides que nouvelles. C'était une perle, totalement ingérable mais qui fut déterminante dans la conservation de quelques clients industriels avec lesquels nous avions signé.
Sabine était l'inverse de Nathalie. Une pure intellectuelle, raffinée et renfermée. C'était un peu mon âme soeur, celle avec laquelle je passais des heures entières à échanger sur tout et sur rien, sur la communication mais aussi sur l'air du temps, l'actualité, la vie. Nous avions une relation professionnelle très intéressante et nous écrivions ensemble les propositions à nos prospects et clients avec un souci de la perfection qui nous poussait parfois à travailler très tard le soir.
J'en ai pris conscience seulement plusieurs années après mais j'étais très sévère avec elle. Je voulais qu'elle donne le meilleur d'elle-même car je sentais un potentiel immense dans cette jeune personnalité à la curiosité généreuse.
L'une et l'autre n'ont pas dû rester plus d'un an à l'agence mais ce furent deux personnalités fondatrices de mes qualités de manager. Elles m'ont chacune à leur manière "baptisé" en formulant des exigences qui m'ont appris comment il fallait que je me comporte avec mes collaborateurs.
J'ai conservé ce goût pour les ambiances harmonieuses dans lesquelles on prend du plaisir à bosser mais j'ai acquis grâce à elles mes premiers galons de chef. Et là encore, je leur en suis très reconnaissant.
Encadrer et diriger des gens est l'une des choses les plus dures qui soit. Je ne sais si cela peut s'apprendre mais je sais que rien ne remplace l'expérience et la nécessaire humilité face aux défis que vos collaborateurs mettent devant vos pas. J'ai eu la chance d'avoir ces deux collaboratrices exceptionnelles dans les toutes premières années de ma vie professionnelle.
J'ai perdu de vue Nathalie mais j'ai déjeuné avec Sabine il y a quelques mois à peine. A ma grande joie, elle est devenue ce que j'imaginais qu'elle deviendrait, une brillante journaliste reporter, auteur de livres de référence sur son terrain de jeu, l'Afrique.
A suivre...















Saga de l'été : Postface





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