La création d'une filiale en Italie, juste animé par l'envie d'aider un ami.
Pianeta
Parmi les grands noms de l’informatique que nous avions gagnés comme clients figurait Olivetti.
C’était d’ailleurs l’une des retombées des fameux voyages Lexmark que j’évoquais précédemment. Un des habitués de ces voyages de presse était très ami avec le responsable des relations publiques du constructeur italien. Il nous avait mis en relation en nous recommandant à chacun de travailler ensemble.
Nous décidâmes d’écouter ce conseil et nos deux structures travaillèrent ensemble.
Bien que disparu depuis, Olivetti était une référence immense. Tout d’abord en raison de l’ancienneté de la marque (fondée en 1908) et de sa contribution majeure à l’histoire de la bureautique, mais également parce que c’était le tout dernier constructeur européen d’ordinateurs personnels.
Ce fut une collaboration magique et pleine de moments exceptionnels.
Je me souviens notamment du voyage de presse que nous organisâmes pour le lancement mondial de l’Envision, un PC qui avait la forme et le look brun d’un magnétoscope et que les utilisateurs étaient censés connecter à leur téléviseur pour disposer ainsi de toute la puissance de l’ordinateur dans leur salon.
Ce fut un fiasco retentissant et accessoirement de grands moments de solitude pour moi qui était chargé d’en faire la démonstration en les installant chez les journalistes de la presse grand-public (je me souviens notamment d’une installation chez une journaliste du magazine Elle qui me valut une heure de très grande honte).
Bref, nous avions affrété un avion de ligne pour y transporter à Milan près d’une centaine de journalistes français et écouter la pensée inspirée d’une sorte de designer star que Olivetti avait payé à prix d’or pour imaginer ce joujou.
Parmi les belles rencontres que ce client me permit de faire, il y avait Alessandro, le patron mondial des relations publiques du groupe.
Petit bonhomme élégant de quelques années mon aîné, capable de s’exprimer dans un français presque parfait, Alessandro était le pivot de toutes les stratégies de relations publiques de la division informatique. Il siégeait tout près des dirigeants et bénéficiait de leur oreille attentive.
J’avais rapidement sympathisé avec Alessandro.
Il était très différent des américains et autres anglo-saxons que j’avais en général en face de moi chez la plus part de mes clients. Et en même temps, il n’avait pas l’exubérance fatigante, bruyante et superficielle de nos amis transalpins (comme quoi, il ne faut jamais faire de généralité).
C’était un très bon pro, quelqu’un sur lequel je pouvais m’appuyer en toutes circonstances et qui m’ouvrait les portes qu’il fallait à la direction générale du groupe.
Mais les nuages n’allaient pas tarder à s’amonceler au-dessus d’Olivetti.
Incapable de résister aux grands constructeurs mondiaux qui avaient déjà commencé leur concentration, confronté à des coûts de structure qui ne pouvaient être compensés par des économies d’échelle, victime de quelques erreurs stratégiques notables (Envision ?), nous entrâmes à la fin des années 90 dans une gestion de crise quasi-permanente.
Alessandro avait été dépossédé de la coordination mondiale des relations publiques au profit d’un anglais aussi rigide qu’inutile. Quant à moi, je tentais de maintenir les journalistes français à l’écart de toutes les rumeurs de disparition de l’entreprise.
Ce qui devait arriver arriva, la division informatique d’Olivetti cessa d’exister et mon ami Alessandro se trouva sur le carreau à 50 ans passés.
Prenant de ses nouvelles, j’appris un jour qu’il avait retrouvé un petit job misérable dans une minuscule agence de relations publiques italienne. Il n’avait pas été engagé mais invité à signer un contrat de freelance pour un tiers à peine de son temps, ce qui me paraissait insultant au regard de son grand talent.
Je décidai d’aller à Milan pour le rencontrer.
Toujours ma passion des hommes, mon désir de ne pas laisser passer une pépite, il fallait que je comprenne pourquoi Alessandro, ce grand coordinateur des relations publiques mondiales d’Olivetti demeurait sans emploi. Et puis je devais aussi l’aider.
Lors de la journée que nous passâmes ensemble à Milan, nous prîmes du temps pour évoquer le bon vieux temps, refaire le film des belles années de notre collaboration. Nous prîmes aussi du temps pour évoquer l’avenir.
Je trouvai Alessandro un peu désabusé, manquant d’énergie. Il voulait faire bonne figure vis-à-vis de moi en me disant qu’il était content de bosser quelques heures par semaine pour la petite agence. Mais quand je lui demandai en quoi consistaient ses missions, je compris qu’il ne pouvait pas en être ainsi.
Il me raccompagna à l’aéroport de Linate et nous prîmes un dernier café ensemble.
Juste avant de nous quitter, je dis à peu près ceci à Alessandro :
« Ecoute, mon ami, tu ne peux pas rester dans cette situation. Tu mérites mieux que cette mission dérisoire et ton talent doit s’exprimer ailleurs. Je te propose que nous créions une société tous les deux. Je vais financer la création de la société, mon agence prendra des parts et tu seras gérant. Ce sera notre filiale italienne et nous essayerons de développer des synergies ensemble.»
Je perçus beaucoup d’émotion dans ses yeux lorsque nous nous quittâmes.
Il me demanda quelques jours de réflexion puis accepta ma proposition avec beaucoup d’enthousiasme. Et c’est ainsi que je créai Pianeta Communicazione l’été qui suivit.
Ce fut une expérience très intéressante de plusieurs années qui se conclut, malgré tout l’enthousiasme du début, par un échec. Alessandro était un formidable professionnel, un homme exceptionnel d’humanité et d’intelligence mais il se révéla un assez mauvais manager. De mon côté, je n’avais ni l’étoffe du contrôleur de gestion ni l’envie d’entrer dans la peau de celui qui demande des comptes tous les quatre matins à ses troupes pour mieux leur mettre la pression.
Nous fermâmes l’agence après huit années d’existence.
Malgré cela, la création de Pianeta fut l’un des plus beaux moments de ma carrière professionnelle sur un plan humain. Et s’il ne fait aucun doute que je gérerais ma filiale différemment aujourd’hui, je referais la même proposition à un ami dans une situation comparable.
Je n'ai jamais réussi à mettre trop de rationalité dans mes relations amicales.
A suivre…
C’était d’ailleurs l’une des retombées des fameux voyages Lexmark que j’évoquais précédemment. Un des habitués de ces voyages de presse était très ami avec le responsable des relations publiques du constructeur italien. Il nous avait mis en relation en nous recommandant à chacun de travailler ensemble.
Nous décidâmes d’écouter ce conseil et nos deux structures travaillèrent ensemble.
Bien que disparu depuis, Olivetti était une référence immense. Tout d’abord en raison de l’ancienneté de la marque (fondée en 1908) et de sa contribution majeure à l’histoire de la bureautique, mais également parce que c’était le tout dernier constructeur européen d’ordinateurs personnels.
Ce fut une collaboration magique et pleine de moments exceptionnels.
Je me souviens notamment du voyage de presse que nous organisâmes pour le lancement mondial de l’Envision, un PC qui avait la forme et le look brun d’un magnétoscope et que les utilisateurs étaient censés connecter à leur téléviseur pour disposer ainsi de toute la puissance de l’ordinateur dans leur salon.
Ce fut un fiasco retentissant et accessoirement de grands moments de solitude pour moi qui était chargé d’en faire la démonstration en les installant chez les journalistes de la presse grand-public (je me souviens notamment d’une installation chez une journaliste du magazine Elle qui me valut une heure de très grande honte).
Bref, nous avions affrété un avion de ligne pour y transporter à Milan près d’une centaine de journalistes français et écouter la pensée inspirée d’une sorte de designer star que Olivetti avait payé à prix d’or pour imaginer ce joujou.
Parmi les belles rencontres que ce client me permit de faire, il y avait Alessandro, le patron mondial des relations publiques du groupe.
Petit bonhomme élégant de quelques années mon aîné, capable de s’exprimer dans un français presque parfait, Alessandro était le pivot de toutes les stratégies de relations publiques de la division informatique. Il siégeait tout près des dirigeants et bénéficiait de leur oreille attentive.
J’avais rapidement sympathisé avec Alessandro.
Il était très différent des américains et autres anglo-saxons que j’avais en général en face de moi chez la plus part de mes clients. Et en même temps, il n’avait pas l’exubérance fatigante, bruyante et superficielle de nos amis transalpins (comme quoi, il ne faut jamais faire de généralité).
C’était un très bon pro, quelqu’un sur lequel je pouvais m’appuyer en toutes circonstances et qui m’ouvrait les portes qu’il fallait à la direction générale du groupe.
Mais les nuages n’allaient pas tarder à s’amonceler au-dessus d’Olivetti.
Incapable de résister aux grands constructeurs mondiaux qui avaient déjà commencé leur concentration, confronté à des coûts de structure qui ne pouvaient être compensés par des économies d’échelle, victime de quelques erreurs stratégiques notables (Envision ?), nous entrâmes à la fin des années 90 dans une gestion de crise quasi-permanente.
Alessandro avait été dépossédé de la coordination mondiale des relations publiques au profit d’un anglais aussi rigide qu’inutile. Quant à moi, je tentais de maintenir les journalistes français à l’écart de toutes les rumeurs de disparition de l’entreprise.
Ce qui devait arriver arriva, la division informatique d’Olivetti cessa d’exister et mon ami Alessandro se trouva sur le carreau à 50 ans passés.
Prenant de ses nouvelles, j’appris un jour qu’il avait retrouvé un petit job misérable dans une minuscule agence de relations publiques italienne. Il n’avait pas été engagé mais invité à signer un contrat de freelance pour un tiers à peine de son temps, ce qui me paraissait insultant au regard de son grand talent.
Je décidai d’aller à Milan pour le rencontrer.
Toujours ma passion des hommes, mon désir de ne pas laisser passer une pépite, il fallait que je comprenne pourquoi Alessandro, ce grand coordinateur des relations publiques mondiales d’Olivetti demeurait sans emploi. Et puis je devais aussi l’aider.
Lors de la journée que nous passâmes ensemble à Milan, nous prîmes du temps pour évoquer le bon vieux temps, refaire le film des belles années de notre collaboration. Nous prîmes aussi du temps pour évoquer l’avenir.
Je trouvai Alessandro un peu désabusé, manquant d’énergie. Il voulait faire bonne figure vis-à-vis de moi en me disant qu’il était content de bosser quelques heures par semaine pour la petite agence. Mais quand je lui demandai en quoi consistaient ses missions, je compris qu’il ne pouvait pas en être ainsi.
Il me raccompagna à l’aéroport de Linate et nous prîmes un dernier café ensemble.
Juste avant de nous quitter, je dis à peu près ceci à Alessandro :
« Ecoute, mon ami, tu ne peux pas rester dans cette situation. Tu mérites mieux que cette mission dérisoire et ton talent doit s’exprimer ailleurs. Je te propose que nous créions une société tous les deux. Je vais financer la création de la société, mon agence prendra des parts et tu seras gérant. Ce sera notre filiale italienne et nous essayerons de développer des synergies ensemble.»
Je perçus beaucoup d’émotion dans ses yeux lorsque nous nous quittâmes.
Il me demanda quelques jours de réflexion puis accepta ma proposition avec beaucoup d’enthousiasme. Et c’est ainsi que je créai Pianeta Communicazione l’été qui suivit.
Ce fut une expérience très intéressante de plusieurs années qui se conclut, malgré tout l’enthousiasme du début, par un échec. Alessandro était un formidable professionnel, un homme exceptionnel d’humanité et d’intelligence mais il se révéla un assez mauvais manager. De mon côté, je n’avais ni l’étoffe du contrôleur de gestion ni l’envie d’entrer dans la peau de celui qui demande des comptes tous les quatre matins à ses troupes pour mieux leur mettre la pression.
Nous fermâmes l’agence après huit années d’existence.
Malgré cela, la création de Pianeta fut l’un des plus beaux moments de ma carrière professionnelle sur un plan humain. Et s’il ne fait aucun doute que je gérerais ma filiale différemment aujourd’hui, je referais la même proposition à un ami dans une situation comparable.
Je n'ai jamais réussi à mettre trop de rationalité dans mes relations amicales.
A suivre…















Saga de l'été : Postface





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