Des moments comme ça valent tous les salaires du monde.
Pink-Floyd &...
Je ne sais pas comment j’ai pu oublier de vous raconter ça mais hier soir, lors d’une discussion en famille, un moment unique de ma carrière professionnel a resurgi et je me suis dit qu’il fallait absolument que je vous le raconte, même si je devais briser le fil chronologique de mon histoire.
Revenons donc un instant à la fin des années 80, au tout début de l’agence.
J’avais comme client une société assez unique, Simplex Electronique, qui importait et distribuait en France du matériel de sonorisation pour les professionnels et notamment les organisateurs de concerts.
A sa tête, un personnage tout à fait hors norme, Philippe D.
Puriste du son et de l’image, fou de cinéma, ce chef d’entreprise ne ressemblait à aucun autre patron qu’il m’avait été donné de rencontrer. Lorsque j’allais le voir dans ses bureaux du boulevard Sébastopol à Paris, il commençait toujours par me faire écouter du son.
Nous allions dans son showroom et là, après m’avoir invité à soulever les nouvelles enceintes qu’il venait de recevoir pour constater leur poids, gage de qualité de fabrication, il insérait un CD, toujours le même (Your latest Trick de Dire Straits) et « mettait les watts » comme on dit aujourd’hui pour me faire écouter les petites merveilles. C’était très impressionnant.
Après, nous allions dans son bureau et il me racontait sa dernière projection du Grand Bleu. Il allait voir ce film de Besson plusieurs fois par semaine et si possible dans une sale différente. Si la luminosité et le son n’étaient pas réglés correctement, il quittait la salle, tambourinait à la porte du projectionniste et exigeait que l’on recommençât la projection avec de meilleurs réglages.
Un homme très étonnant.
Un après-midi, alors que nous finissions notre réunion de travail, il me dit :
- Qu’est-ce que vous faites ce soir ?
Un peu interloqué par la question, craignant qu’il me propose de l’accompagner dans une salle de cinéma, je répondais, hésitant :
- Euh, je ne sais pas encore. J’avais quelque chose de prévu mais je ne sais pas si c’est confirmé. Pourquoi ?
- Bien parce que je vais voir les Pink Floyd à Bercy ce soir. Leur concert est sonorisé en partie avec les enceintes que j’importe et le saxophoniste est un ambassadeur de la marque aux Etats-Unis. Si vous voulez, je vous emmène, nous serons bien placés et j’ai des pass « Backstage ».
- Oh bien dans ce cas, laissez-moi décommander ma soirée, je vous accompagne avec plaisir.
Les Pink-Floyd, l’un des groupes mythiques de mon enfance, les créateurs de l’immortel album Wish you were here que le diamant de ma platine disque avait creusé à l’excès, tellement je l’avais écouté. Comment refuser d’aller le voir en concert et, peut-être, les approcher de près.
Le concert fut un moment de magie. De la première note de guitare de Shine on your crazy diamonds au final, j’étais pratiquement en transe.
Mais je n’étais pas au bout de mes surprises.
Le concert fini, nous descendîmes dans la fosse et nous dirigeâmes vers la scène. Là, nous présentâmes nos badges et entrâmes dans les coulisses.
Quelques mètres plus loin se trouvait une salle sévèrement gardée dans laquelle on nous invita à entrer. A l’intérieur, une trentaine de personnes pas plus buvaient un verre… dont les membres du groupe.
Mon client s’avança pour se présenter au saxophoniste. Celui-ci, ravi de nous rencontrer, nous invita à nous assoir autour d’une table. Puis il fit un signe à David Gilmour (oui, himself et en personne, le génie des Pink Floyd) qui se joignit à nous.
Nous eûmes quelques échanges assez convenus sur le concert – j’avoue que je ne trouvais rien de bien intelligent à dire tellement j’étais pétrifié par la proximité d’avec mes nouveaux voisins de table – puis mon client, incorrigible passionné, commença à s’épancher sur sa passion pour le cinéma et demanda à David Gilmour ce qu’il avait pensé du film The Wall de Roger Waters (ex-Pïnk Floyd).
David Gilmour répondit que, aussi curieux que cela puisse paraître, il n’avait jamais vu le film et qu’il ne serait pas opposé au fait de le voir maintenant.
Il n’en fallait pas plus pour que mon client se fende d’une proposition immédiate :
Ecoutez, dit-il, si vous voulez, je peux organiser une projection rien que pour vous, demain matin par exemple.
Les deux musiciens répondirent que c’était une bonne idée et mon client, qui connaissait la moitié de projectionnistes de la terre et accessoirement tous les patrons de grandes salles de cinéma, organisa en quelques coups de téléphone l’opération.
Et c’est ainsi que nous nous retrouvâmes le lendemain au multiplex du Forum des Halles, un samedi midi. Nous étions une petite dizaine dans la grande salle pouvant accueillir pas loin de 800 personnes, les Pink-Floyd au grand complet et votre serviteur juste derrière pour visionner The Wall.
Je pense que je n’ai pas regardé l’écran une seule seconde. J’ai passé presque tout le film à observer les réactions sur les visages des musiciens. Un moment inoubliable et divinement surréaliste.
Le mois suivant, le client me refit le même coup avec un autre artiste, Ray Charles.
Il me proposa un beau matin et sans prévenir de prendre l’avion pour Toulouse où se produisait Ray Charles. Là encore, les enceintes qu’il importait sonorisaient le concert.
Et c'est ainsi que je me suis retrouvé un beau jour dans les coulisses du Palais des Sports à serrer la main de cette légende vivante et à me présenter à lui.
Ces deux rencontres ont marqué ma vie même si elles furent furtives. Elles me procurèrent un salaire bien plus important que les maigres honoraires que mon client me versait. C’était incomparable et même encore aujourd’hui alors que j’écris ces lignes, j’en suis tout ému.
Vous comprenez pourquoi il fallait que je vous raconte cela absolument. Désormais, nous pouvons reprendre le fil normal de nos conversations chronologiques.
A suivre…
Revenons donc un instant à la fin des années 80, au tout début de l’agence.
J’avais comme client une société assez unique, Simplex Electronique, qui importait et distribuait en France du matériel de sonorisation pour les professionnels et notamment les organisateurs de concerts.
A sa tête, un personnage tout à fait hors norme, Philippe D.
Puriste du son et de l’image, fou de cinéma, ce chef d’entreprise ne ressemblait à aucun autre patron qu’il m’avait été donné de rencontrer. Lorsque j’allais le voir dans ses bureaux du boulevard Sébastopol à Paris, il commençait toujours par me faire écouter du son.
Nous allions dans son showroom et là, après m’avoir invité à soulever les nouvelles enceintes qu’il venait de recevoir pour constater leur poids, gage de qualité de fabrication, il insérait un CD, toujours le même (Your latest Trick de Dire Straits) et « mettait les watts » comme on dit aujourd’hui pour me faire écouter les petites merveilles. C’était très impressionnant.
Après, nous allions dans son bureau et il me racontait sa dernière projection du Grand Bleu. Il allait voir ce film de Besson plusieurs fois par semaine et si possible dans une sale différente. Si la luminosité et le son n’étaient pas réglés correctement, il quittait la salle, tambourinait à la porte du projectionniste et exigeait que l’on recommençât la projection avec de meilleurs réglages.
Un homme très étonnant.
Un après-midi, alors que nous finissions notre réunion de travail, il me dit :
- Qu’est-ce que vous faites ce soir ?
Un peu interloqué par la question, craignant qu’il me propose de l’accompagner dans une salle de cinéma, je répondais, hésitant :
- Euh, je ne sais pas encore. J’avais quelque chose de prévu mais je ne sais pas si c’est confirmé. Pourquoi ?
- Bien parce que je vais voir les Pink Floyd à Bercy ce soir. Leur concert est sonorisé en partie avec les enceintes que j’importe et le saxophoniste est un ambassadeur de la marque aux Etats-Unis. Si vous voulez, je vous emmène, nous serons bien placés et j’ai des pass « Backstage ».
- Oh bien dans ce cas, laissez-moi décommander ma soirée, je vous accompagne avec plaisir.
Les Pink-Floyd, l’un des groupes mythiques de mon enfance, les créateurs de l’immortel album Wish you were here que le diamant de ma platine disque avait creusé à l’excès, tellement je l’avais écouté. Comment refuser d’aller le voir en concert et, peut-être, les approcher de près.
Le concert fut un moment de magie. De la première note de guitare de Shine on your crazy diamonds au final, j’étais pratiquement en transe.
Mais je n’étais pas au bout de mes surprises.
Le concert fini, nous descendîmes dans la fosse et nous dirigeâmes vers la scène. Là, nous présentâmes nos badges et entrâmes dans les coulisses.
Quelques mètres plus loin se trouvait une salle sévèrement gardée dans laquelle on nous invita à entrer. A l’intérieur, une trentaine de personnes pas plus buvaient un verre… dont les membres du groupe.
Mon client s’avança pour se présenter au saxophoniste. Celui-ci, ravi de nous rencontrer, nous invita à nous assoir autour d’une table. Puis il fit un signe à David Gilmour (oui, himself et en personne, le génie des Pink Floyd) qui se joignit à nous.
Nous eûmes quelques échanges assez convenus sur le concert – j’avoue que je ne trouvais rien de bien intelligent à dire tellement j’étais pétrifié par la proximité d’avec mes nouveaux voisins de table – puis mon client, incorrigible passionné, commença à s’épancher sur sa passion pour le cinéma et demanda à David Gilmour ce qu’il avait pensé du film The Wall de Roger Waters (ex-Pïnk Floyd).
David Gilmour répondit que, aussi curieux que cela puisse paraître, il n’avait jamais vu le film et qu’il ne serait pas opposé au fait de le voir maintenant.
Il n’en fallait pas plus pour que mon client se fende d’une proposition immédiate :
Ecoutez, dit-il, si vous voulez, je peux organiser une projection rien que pour vous, demain matin par exemple.
Les deux musiciens répondirent que c’était une bonne idée et mon client, qui connaissait la moitié de projectionnistes de la terre et accessoirement tous les patrons de grandes salles de cinéma, organisa en quelques coups de téléphone l’opération.
Et c’est ainsi que nous nous retrouvâmes le lendemain au multiplex du Forum des Halles, un samedi midi. Nous étions une petite dizaine dans la grande salle pouvant accueillir pas loin de 800 personnes, les Pink-Floyd au grand complet et votre serviteur juste derrière pour visionner The Wall.
Je pense que je n’ai pas regardé l’écran une seule seconde. J’ai passé presque tout le film à observer les réactions sur les visages des musiciens. Un moment inoubliable et divinement surréaliste.
Le mois suivant, le client me refit le même coup avec un autre artiste, Ray Charles.
Il me proposa un beau matin et sans prévenir de prendre l’avion pour Toulouse où se produisait Ray Charles. Là encore, les enceintes qu’il importait sonorisaient le concert.
Et c'est ainsi que je me suis retrouvé un beau jour dans les coulisses du Palais des Sports à serrer la main de cette légende vivante et à me présenter à lui.
Ces deux rencontres ont marqué ma vie même si elles furent furtives. Elles me procurèrent un salaire bien plus important que les maigres honoraires que mon client me versait. C’était incomparable et même encore aujourd’hui alors que j’écris ces lignes, j’en suis tout ému.
Vous comprenez pourquoi il fallait que je vous raconte cela absolument. Désormais, nous pouvons reprendre le fil normal de nos conversations chronologiques.
A suivre…















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