Saga de l'été : Robert Salmon



Saga de l'été : Robert Salmon
Il était le Vice-Président de l'Oréal et m'a appris la prospective.

Robert Salmon

Je continuais mon boulot pour InterEditions et je faisais la promotion des livres et des auteurs les uns après les autres. Certains étaient passionnants, d’autres beaucoup moins, et je ne parle pas que des ouvrages, j’élargis ce commentaire à la personnalité de ceux qui les avaient rédigés. 

C’était toujours un plaisir de découvrir un nouveau manuscrit et d’espérer tomber sur une perle.

Un jour, la directrice de la maison d’éditions, lors d’une réunion dans ses bureaux me dit :

- Je pense que vous allez aimer notre futur auteur et j’ai hâte que vous fassiez sa connaissance. C’est un spécialiste de la prospective et son livre est très intéressant. Il s’appuie sur une très longue expérience professionnelle et c’est l’un de ses atouts.

Enchanté par cette description, je demandai :

- Formidable, de qui s’agit-il ?

- Il s’appelle Robert Salmon, il est vice-président de L’Oréal en charge de la stratégie et de la prospective.

- Vice-Président de l’Oréal ? C’est fantastique ! répondis-je. Le seul problème, c’est que le type ne sera jamais disponible. Avec une telle fonction, j’imagine que je vais passer ma vie à courir après pour prendre le moindre rendez-vous avec la presse.

- Mais non, je vous assure, conclut-elle. Vous allez voir, vous allez être surpris.

La réunion se termina sur cet échange. Ma cliente me confia un exemplaire du manuscrit ainsi que le numéro de téléphone de l’auteur.

Une petite heure de métro me séparait des bureaux d’InterEditions près du Panthéon de mon agence située avenue de la République dans le 11ème. Je commençai à lire les premières pages du nouvel essai dont j’aurais à assurer la promotion. Je le trouvai passionnant.

Tous les chemins mènent à l’homme, c’était son titre. Le propos de l’auteur était de nous aider à comprendre comment anticiper les tendances à venir et de quelle manière percevoir la primauté de l’élément humain.

A peine arrivé à l’agence, un collaborateur me transmit les messages reçus pendant mon absence. Un certain Monsieur Salmon avait essayé de me joindre à deux reprises et avait demandé à ce que je le rappelle sur sa ligne directe. Il avait laissé son numéro de téléphone à cet effet.

Salmon… était-ce le nouvel auteur ? Un homonyme ? Le seul moyen de le vérifier était de rappeler, ce que je fis immédiatement pour en avoir le cœur net.

Je composai le numéro. A l’autre bout du fil, un homme à la voix énergique me parlait comme si nous nous connaissions depuis toujours :

- Bien dis-donc, mon vieux, c’est pas moi qui suit le plus injoignable des deux. Ça fait trois fois que j’essaye de vous appeler dans la journée et je n’arrive pas à vous parler.

Je compris que ma cliente lui avait fait part de mes craintes exprimées plus tôt le matin. Il continua :

- Ce que je vous propose, c’est de venir me voir chez L’Oréal un matin de cette semaine, on fera connaissance et vous me direz ce que vous prévoyez pour mon livre.  Demain matin, ça vous va ?

Malheureusement, j’avais un rendez-vous qui m’obligea à décliner cette proposition.

- Je suis confus, je ne peux pas demain. Après demain ou tous les autres jours de la semaine, je peux sans problème.

- Vous voyez, rajouta-t-il, fier de son coup, ce ne sont pas toujours ceux que l’on croit qui sont les plus difficiles à joindre. A jeudi alors.

Dont acte.

Deux jours plus tard, je me rendis au siège de l’Oréal à Clichy dans les Hauts-de-Seine. Dans l’ascenseur archi bondé en cette heure matinale, je fus la cible de tous les regards lorsque j’annonçai que je me rendais au dernier étage de l’immeuble, l’étage de la présidence.

L’huissier m’accueillit avec élégance puis il m’invita à le suivre. Je fis ainsi la connaissance de Robert Salmon, un personnage haut en couleur qui se livra comme un petit garçon au jeu de mes premières questions.

Il était visiblement passionné par l’aventure que constituait la sortie de son premier livre et était déterminé à jouer le jeu de la promotion. Il me donnerait toute la disponibilité dont j’aurais besoin, je n’avais qu’à décrocher mon téléphone et il accourrait.

A la fin de l’entretien, il me proposa que nous passions au tutoiement. Lui, de plusieurs dizaines d’années mon aîné, auréolé d’une carrière exceptionnelle et de sa position au sommet de l’une des plus prestigieuses entreprises françaises, m’invitait à entrer dans une relation de grande proximité.

J’étais sous le charme et accessoirement motivé comme jamais.

Robert Salmon fut probablement mon auteur préféré. En quelques mois, nous avons fait ensemble toutes les plus grandes rédactions parisiennes, nous avons enchaîné les émissions de radio et de télévision et la couverture de presse fut assez spectaculaire.

Cet homme-là m’a appris des milliards de choses. Il m’envoyait son chauffeur pour que nous allions ensemble aux rendez-vous. Cela nous donnait l’opportunité de discuter des heures durant.

Il me racontait ses débuts de carrière, ses voyages dans le monde entier. Un jour, il me narra comment il avait eu l’idée d’ouvrir des parfumeries dans les zones d’embarquement des grands aéroports. Oui, Robert était sans doute à l’origine des Duty free que nous connaissons tous aujourd’hui.

Sa passion était d’anticiper l’avenir, de repérer les tendances émergentes. Pour cela, il cherchait de manière obsessionnelle ce qu’il appelait les signaux faibles.

Il m’a appris à les repérer et à les décoder.

Robert Salmon a été un fantastique professeur et si j’ai à ce point développé une passion pour la stratégie et la prospective, je lui dois en partie.

Nous nous sommes vus il y a quelques années. Il a pris sa retraite de L’Oréal et a publié récemment un petit opus dont je n’ai malheureusement pas pu assurer la promotion.

Il m’a invité à déjeuner chez lui et bien que les années aient fait leur œuvre, Robert est toujours un éternel adolescent émerveillé par le monde qui l’entoure.

A force de regarder l’avenir, il a réussi à faire ralentir le temps. Je lui dois beaucoup.

A suivre…

Rédigé par Christophe Ginisty le Mercredi 1 Août 2012

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Christophe Ginisty

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