L'expression sur Internet avait de la valeur, il fallait que tout le monde le sache.
Le web était enfin devenu expressif en cette année 2006.
Les blogueurs faisaient la une des quotidiens et des magazines d’informations et le grand public commençait à s’apercevoir qu’il se passait quelque chose d’intéressant sur Internet.
Quand nous n’étions pas englués dans un débat idiot mais néanmoins lancinant qui consistait à se poser la question si les blogueurs étaient ou non des journalistes, on voyait des tonnes de trucs intéressants sur les différentes plateformes de blogs.
Ce qui me passionnait n’était pas uniquement la ferveur qui entourait ces nouveaux modes d’expression mais la promesse implicite que le web allait permettre à des anonymes d’éclater au grand jour et faire la démonstration de leurs talents.
Ce n’était pas qu’une intuition. D’abord, certains artistes mondialement connus avaient déjà émergé aux Etats-Unis grâce à leur présence sur Internet et il n’y avait aucune raison pour que cela ne se produise pas aussi ici en France. Puis, à portée de clics, quelques blogueurs avaient déjà réussi de belles performances.
Il y avait évidemment Vinvin qui avait autoproduit une série géniale, Bonjour America, mais il y en avait d’autres dont la plume ou la sensibilité artistique méritaient l’attention du grand public.
J’eus alors l’idée de tenter de réunir tous ces talents autour d’un événement. Pour moi, l’expression des individus sur Internet méritait son festival et, si personne n’avait encore eu l’idée de l’organiser, j’allais m’en charger.
Il restait à trouver le lieu.
Le pari que je fis à ce moment-là fut de trouver une ville désireuse d’accueillir ce projet. Je pariai qu’une municipalité en France serait intéressée pour associer son nom à l’une des formes d’expression les plus bouillonnantes du moment et je décidai de poster une note sur mon blog.
Un peu à la manière d’Angoulême qui avait si bien su associer son nom à celui de la bande dessinée, je voulais écrire une nouvelle page dans une ville de France non encore associée à une manifestation de ce type.
« Je cherche une ville pour y organiser un festival de l’expression sur Internet. Mon contacter sur ce blog ou par e-mail »
Magie des blogs, je reçus une petite dizaine de propositions dont une en particulier. Un employé municipal de la ville de Romans sur Isère (Drôme) m’invitait à considérer sa ville.
A deux heures de TGV, tout proche de Lyon mais aussi de Valence, Grenoble et d’Avignon, voilà une ville qui avait souffert économiquement du fait du départ de son industrie de la chaussure de luxe et qui avait le profil type de la candidate à une nouvelle image.
Je décidai de me rendre sur place à l’invitation de mon contact.
L’accueil du Maire et de ses collaborateurs était remarquable. Ils se montrèrent immédiatement intéressés par le projet et confirmèrent que la ville serait candidate à son organisation.
Lorsque je revins à l’agence pour en parler à mes principaux collaborateurs, je fus encore une fois dépassé par leur manque d’enthousiasme. Tout comme l’Inde, ça allait prendre du temps, la plupart n’en avait pas, ça n’était pas notre métier de base et puis, ces blogs, était-ce vraiment intéressant ?
Je compris qu’il fallait que je recrute une personne spécialement pour ce projet.
Je fis le choix de chercher un blogueur ou une blogueuse, quelqu’un qui connaissait déjà le phénomène et qui avait réussi à imposer son propre espace. Je ne voulais pas avoir à expliquer les ressorts de ce mode d’expression, il fallait que je m’entoure d’une personne qui le maîtrise.
En quelques jours à peine, j’identifiais la bonne personne. Elle avait travaillé dans l’organisation d’événements et était l’auteur d’un blog perso dont je découvrais la lecture avec délice. Coup de chance, elle cherchait du boulot.
Je décidai de la recruter avec une feuille de route improbable : organiser en cinq mois le premier festival de l’expression des individus sur Internet.
Elle accepta. Et nous le fîmes ensemble.
Cette jeune femme avait un talent monstre et notre duo fonctionna parfaitement. Les autres collaborateurs de l’agence la regardaient un peu comme une alien mais peu importe, nous étions sur un projet génial.
Nous lançâmes un appel à candidature en ligne et plusieurs milliers de blogueurs inscrivirent leur espace dans l’une des catégories qui leur étaient proposées (littérature, photo, musique, arts graphiques, expression citoyenne, bande dessinée,…). Ensuite, nous pilotâmes une phase de vote en ligne au cours de laquelle les internautes étaient invités à voter pour leurs espaces préférés, ce qui permettait de n’en retenir que 10 dans chaque catégorie.
Un jury de professionnels départagea enfin les finalistes pour déterminer celui ou celle qui était digne de recevoir un prix.
Les 1er et 2 février 2007, tout le monde était invité à se retrouver à Romans pour deux jours de conférences, concerts, tables rondes, séances de dédicace, apéros,...
Ce fut un événement incroyable. Même si la foule n’était pas encore au rendez-vous, ce furent deux jours de foisonnement créatif et de rencontres improbables. Les gens présents étaient heureux d’appartenir à cette « communauté » de défricheurs de l’expression sur Internet et d’avoir l’occasion d’être éventuellement récompensés pour leur talent.
De mon côté, j’étais simplement heureux de rassembler toutes ces personnes et de leur permettre d’échanger. J’étais fier de leur envoyer le message que leur expression avait de la valeur.
Dans le droit fil de mon projet initial et toujours en relation avec ma passion pour la révolution numérique, j’écrivais une petite page de cette histoire.
La ville nous invita à reproduire l’opération l’année suivante et nous fîmes une deuxième édition qui, là encore, ne rassembla pas le monde que nous espérions.
L’idée était bonne mais peut-être avions-nous surestimé la capacité des gens à se déplacer pour une telle manifestation. Il était sans doute trop ambitieux de vouloir faire cette manifestation en dehors de Paris.
Il n’y eut pas d’édition 2009.
Le festival était mort mais l’impulsion provoquée par cette initiative n’était pas vaine pour autant. Elle contribua notamment à positionner l’agence à l’avant-scène de ce phénomène et sur Internet, de parfaits inconnus réussirent à percer et imposer leur voix.
A suivre…
Les blogueurs faisaient la une des quotidiens et des magazines d’informations et le grand public commençait à s’apercevoir qu’il se passait quelque chose d’intéressant sur Internet.
Quand nous n’étions pas englués dans un débat idiot mais néanmoins lancinant qui consistait à se poser la question si les blogueurs étaient ou non des journalistes, on voyait des tonnes de trucs intéressants sur les différentes plateformes de blogs.
Ce qui me passionnait n’était pas uniquement la ferveur qui entourait ces nouveaux modes d’expression mais la promesse implicite que le web allait permettre à des anonymes d’éclater au grand jour et faire la démonstration de leurs talents.
Ce n’était pas qu’une intuition. D’abord, certains artistes mondialement connus avaient déjà émergé aux Etats-Unis grâce à leur présence sur Internet et il n’y avait aucune raison pour que cela ne se produise pas aussi ici en France. Puis, à portée de clics, quelques blogueurs avaient déjà réussi de belles performances.
Il y avait évidemment Vinvin qui avait autoproduit une série géniale, Bonjour America, mais il y en avait d’autres dont la plume ou la sensibilité artistique méritaient l’attention du grand public.
J’eus alors l’idée de tenter de réunir tous ces talents autour d’un événement. Pour moi, l’expression des individus sur Internet méritait son festival et, si personne n’avait encore eu l’idée de l’organiser, j’allais m’en charger.
Il restait à trouver le lieu.
Le pari que je fis à ce moment-là fut de trouver une ville désireuse d’accueillir ce projet. Je pariai qu’une municipalité en France serait intéressée pour associer son nom à l’une des formes d’expression les plus bouillonnantes du moment et je décidai de poster une note sur mon blog.
Un peu à la manière d’Angoulême qui avait si bien su associer son nom à celui de la bande dessinée, je voulais écrire une nouvelle page dans une ville de France non encore associée à une manifestation de ce type.
« Je cherche une ville pour y organiser un festival de l’expression sur Internet. Mon contacter sur ce blog ou par e-mail »
Magie des blogs, je reçus une petite dizaine de propositions dont une en particulier. Un employé municipal de la ville de Romans sur Isère (Drôme) m’invitait à considérer sa ville.
A deux heures de TGV, tout proche de Lyon mais aussi de Valence, Grenoble et d’Avignon, voilà une ville qui avait souffert économiquement du fait du départ de son industrie de la chaussure de luxe et qui avait le profil type de la candidate à une nouvelle image.
Je décidai de me rendre sur place à l’invitation de mon contact.
L’accueil du Maire et de ses collaborateurs était remarquable. Ils se montrèrent immédiatement intéressés par le projet et confirmèrent que la ville serait candidate à son organisation.
Lorsque je revins à l’agence pour en parler à mes principaux collaborateurs, je fus encore une fois dépassé par leur manque d’enthousiasme. Tout comme l’Inde, ça allait prendre du temps, la plupart n’en avait pas, ça n’était pas notre métier de base et puis, ces blogs, était-ce vraiment intéressant ?
Je compris qu’il fallait que je recrute une personne spécialement pour ce projet.
Je fis le choix de chercher un blogueur ou une blogueuse, quelqu’un qui connaissait déjà le phénomène et qui avait réussi à imposer son propre espace. Je ne voulais pas avoir à expliquer les ressorts de ce mode d’expression, il fallait que je m’entoure d’une personne qui le maîtrise.
En quelques jours à peine, j’identifiais la bonne personne. Elle avait travaillé dans l’organisation d’événements et était l’auteur d’un blog perso dont je découvrais la lecture avec délice. Coup de chance, elle cherchait du boulot.
Je décidai de la recruter avec une feuille de route improbable : organiser en cinq mois le premier festival de l’expression des individus sur Internet.
Elle accepta. Et nous le fîmes ensemble.
Cette jeune femme avait un talent monstre et notre duo fonctionna parfaitement. Les autres collaborateurs de l’agence la regardaient un peu comme une alien mais peu importe, nous étions sur un projet génial.
Nous lançâmes un appel à candidature en ligne et plusieurs milliers de blogueurs inscrivirent leur espace dans l’une des catégories qui leur étaient proposées (littérature, photo, musique, arts graphiques, expression citoyenne, bande dessinée,…). Ensuite, nous pilotâmes une phase de vote en ligne au cours de laquelle les internautes étaient invités à voter pour leurs espaces préférés, ce qui permettait de n’en retenir que 10 dans chaque catégorie.
Un jury de professionnels départagea enfin les finalistes pour déterminer celui ou celle qui était digne de recevoir un prix.
Les 1er et 2 février 2007, tout le monde était invité à se retrouver à Romans pour deux jours de conférences, concerts, tables rondes, séances de dédicace, apéros,...
Ce fut un événement incroyable. Même si la foule n’était pas encore au rendez-vous, ce furent deux jours de foisonnement créatif et de rencontres improbables. Les gens présents étaient heureux d’appartenir à cette « communauté » de défricheurs de l’expression sur Internet et d’avoir l’occasion d’être éventuellement récompensés pour leur talent.
De mon côté, j’étais simplement heureux de rassembler toutes ces personnes et de leur permettre d’échanger. J’étais fier de leur envoyer le message que leur expression avait de la valeur.
Dans le droit fil de mon projet initial et toujours en relation avec ma passion pour la révolution numérique, j’écrivais une petite page de cette histoire.
La ville nous invita à reproduire l’opération l’année suivante et nous fîmes une deuxième édition qui, là encore, ne rassembla pas le monde que nous espérions.
L’idée était bonne mais peut-être avions-nous surestimé la capacité des gens à se déplacer pour une telle manifestation. Il était sans doute trop ambitieux de vouloir faire cette manifestation en dehors de Paris.
Il n’y eut pas d’édition 2009.
Le festival était mort mais l’impulsion provoquée par cette initiative n’était pas vaine pour autant. Elle contribua notamment à positionner l’agence à l’avant-scène de ce phénomène et sur Internet, de parfaits inconnus réussirent à percer et imposer leur voix.
A suivre…















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