Steve Jobs
Libéré de notre contrat avec HP, nous avions signé avec Sun Microsystems, une étoile montante de l’informatique professionnelle, l’un des leaders mondiaux de ce que l’on appelait à l’époque les stations de travail.
C’était une très belle organisation au niveau mondial mais la collaboration ne se passait pas bien du tout avec l’agence. Le directeur du marketing de l’époque était un personnage assez détestable, entouré d’une équipe de collaboratrices qui nous rendaient la vie impossible. Même le principal porte-parole de la marque, président de l’entreprise pour la France, était sans saveur.
Peut-être n’étions-nous pas suffisamment flexibles pour nous adapter à cette organisation après trois années de lune de miel avec HP. Quoiqu’il en soit, je comptais les jours en prenant mon mal en patience. C’était un client important et je devais mettre mes états d’âme de côté.
En 1994 ou 1995, Sun Microsystems avait investi dans NEXT, la société que Steve Jobs avait fondée après son départ d’Apple à la fin des années 80. C’était une annonce importante et, même si le mythique fondateur d’Apple n’était plus au sommet de sa gloire, c’était toujours pour moi une légende, un personnage hors du commun.
Un jour, nous eûmes une réunion pour discuter de la médiatisation d’un événement que Sun organisait au Palais des Congrès de Paris sur le thème de l’informatique d’entreprise.
Le directeur du marketing nous informa qu’un grand nombre de « VIP » viendrait des Etats-Unis et que nous aurions la charge de nous occuper de leurs rendez-vous avec les journalistes.
Il égraina le nom des personnalités confirmées, commença par Scott McNealy, le grand patron de Sun et termina par Steve Jobs.
Frédérique (ma collaboratrice en charge du dossier Sun) s’occuperait de Scott McNealy et moi, de Steve Jobs. Le directeur du marketing pouvait dormir tranquille, la situation était sous contrôle.
Le jour J arriva.
Steve Jobs occupait une suite dans les hauteurs de l’hôtel Concorde Lafayette à Paris et c’est là que nous devions aller le rencontrer. La première interview eut lieu vers 8h00 du matin.
A l’heure pile, accompagné du journaliste sélectionné pour cette première rencontre, je frappai à la porte de la chambre d’hôtel. Steve ouvrit la porte en personne. Il était copieusement barbu, portait un jean et était pieds nus. Je me présentai et il nous invita à entrer puis prendre place dans le salon de la suite.
L’interview commença.
Je n’en croyais pas mes yeux. J’étais en compagne du légendaire Steve Jobs en comité restreint. Même si c’était le journaliste qui était censé poser les questions (je pense qu’il se reconnaîtra s’il lit ces lignes), j’intervenais régulièrement pour montrer tout l’intérêt que j’avais pour le sujet et prouver que je n’étais pas un attaché de presse « plante verte », uniquement là pour organiser l’agenda. J’avais des questions plein la tête mais je ne voulais pas priver le journaliste de l’initiative du dialogue.
Ce fut absolument passionnant. Il énuméra toutes les innovations dont NEXT avait été l’auteur et décrivit sa vision de l’informatique professionnelle et en quoi son système d’exploitation était révolutionnaire (c’est là que Mac OS X est né mais nous ne le savions pas encore).
Nous eûmes d’autres interviews dans la matinée puis un dernier entretien pour le déjeuner.
Et là, je fis quelque chose de très peu déontologique que j’ai confié à ce jour à un très petit nombre de gens.
Un journaliste de la presse économique était à l’agenda. Il était prévu qu’il nous rejoigne pour le déjeuner dans l’un des grands restaurants du Concorde Lafayette. Le seul problème, c’est que ce journaliste n’a jamais existé. C’était un faux rendez-vous que j’avais inscrit au programme dans le secret espoir de passer un peu plus de temps avec mon hôte.
Nous nous installâmes, Steve Jobs et moi, puis le maître d’hôtel vint m’informer que j’étais demandé au téléphone. J’avais prié un copain de m’appeler à cette heure précise, tout se déroulait parfaitement.
Je revins à la table et j’informai Steve Jobs que, malheureusement, le journaliste avait eu un empêchement de dernière minute et qu’il ne pourrait pas se joindre à nous, qu’il nous présentait toutes ses excuses.
Contrarié, il me proposa néanmoins de finir de déjeuner ensemble.
Et c’est ainsi que j’eus le privilège de passer près d’une heure en tête à tête avec le fondateur d’Apple à l’origine de ma vocation.
J’étais tétanisé à l’idée que mon client découvre cette supercherie et me fiche mon contrat à travers la figure. Aujourd’hui encore je ne suis pas à l’aise à l’idée de confesser publiquement ce déjeuner volé, tant ce type d’attitude est contraire à toutes les règles déontologiques que je me fixe depuis des années.
Mais c’était une occasion spéciale, unique exceptionnelle. Un moment que peu de mots peuvent décrire. Et je ne regrette rien. Le bref déjeuner fut un délice intellectuel, pas chaleureux mais pas-sion-nant ! Je pèse vraiment mes mots.
Quatre ans plus tard, Steve Jobs revenait à la direction d’Apple. En ce qui me concerne, je décidai d’arrêter ma collaboration avec Sun en 1996, faisant de cette organisation le seul client que j’ai moi-même « viré ».
Je gagnai le contrat Apple en 2002 mais nous en reparlerons plus tard.
A suivre…
C’était une très belle organisation au niveau mondial mais la collaboration ne se passait pas bien du tout avec l’agence. Le directeur du marketing de l’époque était un personnage assez détestable, entouré d’une équipe de collaboratrices qui nous rendaient la vie impossible. Même le principal porte-parole de la marque, président de l’entreprise pour la France, était sans saveur.
Peut-être n’étions-nous pas suffisamment flexibles pour nous adapter à cette organisation après trois années de lune de miel avec HP. Quoiqu’il en soit, je comptais les jours en prenant mon mal en patience. C’était un client important et je devais mettre mes états d’âme de côté.
En 1994 ou 1995, Sun Microsystems avait investi dans NEXT, la société que Steve Jobs avait fondée après son départ d’Apple à la fin des années 80. C’était une annonce importante et, même si le mythique fondateur d’Apple n’était plus au sommet de sa gloire, c’était toujours pour moi une légende, un personnage hors du commun.
Un jour, nous eûmes une réunion pour discuter de la médiatisation d’un événement que Sun organisait au Palais des Congrès de Paris sur le thème de l’informatique d’entreprise.
Le directeur du marketing nous informa qu’un grand nombre de « VIP » viendrait des Etats-Unis et que nous aurions la charge de nous occuper de leurs rendez-vous avec les journalistes.
Il égraina le nom des personnalités confirmées, commença par Scott McNealy, le grand patron de Sun et termina par Steve Jobs.
- Steve Jobs, lui demandai-je ? Il sera là en personne à Paris ?
- Oui, me répondit-il. Et nous devons proposer à des journalistes de le rencontrer, si toutefois cela intéresse encore quelqu’un, poursuivit-il.
Frédérique (ma collaboratrice en charge du dossier Sun) s’occuperait de Scott McNealy et moi, de Steve Jobs. Le directeur du marketing pouvait dormir tranquille, la situation était sous contrôle.
Le jour J arriva.
Steve Jobs occupait une suite dans les hauteurs de l’hôtel Concorde Lafayette à Paris et c’est là que nous devions aller le rencontrer. La première interview eut lieu vers 8h00 du matin.
A l’heure pile, accompagné du journaliste sélectionné pour cette première rencontre, je frappai à la porte de la chambre d’hôtel. Steve ouvrit la porte en personne. Il était copieusement barbu, portait un jean et était pieds nus. Je me présentai et il nous invita à entrer puis prendre place dans le salon de la suite.
L’interview commença.
Je n’en croyais pas mes yeux. J’étais en compagne du légendaire Steve Jobs en comité restreint. Même si c’était le journaliste qui était censé poser les questions (je pense qu’il se reconnaîtra s’il lit ces lignes), j’intervenais régulièrement pour montrer tout l’intérêt que j’avais pour le sujet et prouver que je n’étais pas un attaché de presse « plante verte », uniquement là pour organiser l’agenda. J’avais des questions plein la tête mais je ne voulais pas priver le journaliste de l’initiative du dialogue.
Ce fut absolument passionnant. Il énuméra toutes les innovations dont NEXT avait été l’auteur et décrivit sa vision de l’informatique professionnelle et en quoi son système d’exploitation était révolutionnaire (c’est là que Mac OS X est né mais nous ne le savions pas encore).
Nous eûmes d’autres interviews dans la matinée puis un dernier entretien pour le déjeuner.
Et là, je fis quelque chose de très peu déontologique que j’ai confié à ce jour à un très petit nombre de gens.
Un journaliste de la presse économique était à l’agenda. Il était prévu qu’il nous rejoigne pour le déjeuner dans l’un des grands restaurants du Concorde Lafayette. Le seul problème, c’est que ce journaliste n’a jamais existé. C’était un faux rendez-vous que j’avais inscrit au programme dans le secret espoir de passer un peu plus de temps avec mon hôte.
Nous nous installâmes, Steve Jobs et moi, puis le maître d’hôtel vint m’informer que j’étais demandé au téléphone. J’avais prié un copain de m’appeler à cette heure précise, tout se déroulait parfaitement.
Je revins à la table et j’informai Steve Jobs que, malheureusement, le journaliste avait eu un empêchement de dernière minute et qu’il ne pourrait pas se joindre à nous, qu’il nous présentait toutes ses excuses.
Contrarié, il me proposa néanmoins de finir de déjeuner ensemble.
Et c’est ainsi que j’eus le privilège de passer près d’une heure en tête à tête avec le fondateur d’Apple à l’origine de ma vocation.
J’étais tétanisé à l’idée que mon client découvre cette supercherie et me fiche mon contrat à travers la figure. Aujourd’hui encore je ne suis pas à l’aise à l’idée de confesser publiquement ce déjeuner volé, tant ce type d’attitude est contraire à toutes les règles déontologiques que je me fixe depuis des années.
Mais c’était une occasion spéciale, unique exceptionnelle. Un moment que peu de mots peuvent décrire. Et je ne regrette rien. Le bref déjeuner fut un délice intellectuel, pas chaleureux mais pas-sion-nant ! Je pèse vraiment mes mots.
Quatre ans plus tard, Steve Jobs revenait à la direction d’Apple. En ce qui me concerne, je décidai d’arrêter ma collaboration avec Sun en 1996, faisant de cette organisation le seul client que j’ai moi-même « viré ».
Je gagnai le contrat Apple en 2002 mais nous en reparlerons plus tard.
A suivre…















Saga de l'été : Postface





Actualité en débats