Saga de l'été : le VRP du GSM



Saga de l'été : le VRP du GSM
Au début, personne ne voulait croire en l'avenir de la téléphonie mobile

Le VRP du GSM

Nous commencions à jouer dans la cour des grands et l’agence s’alignait sur des compétitions dignes de ce nom. C’est ainsi que nous concourûmes et nous gagnâmes le budget de la division téléphonie du constructeur suédois Ericsson.

Pour de sombres raisons politiques liées au protectionnisme industriel français, Ericsson avait quitté la France depuis de nombreuses années, claquant la porte de l’hexagone pour protester contre une préférence un peu trop outrancière accordée à Thomson dans le domaine des infrastructures.

Mais il était temps pour eux de revenir pour infiltrer une autre division, celle des téléphones mobiles.

Nous étions en 1994 et les tout premiers téléphones mobiles à la norme GSM allaient être mis sur le marché. Ericsson comptait bien faire partie des premiers acteurs.

Une petite équipe avait été recrutée et l’une de leurs premières missions était de choisir une agence de relations publiques pour assurer la promotion dans la presse des futurs téléphones.

Nous gagnâmes l’appel d’offre et nous commençâmes notre collaboration le 1er avril 1994.  

En ce qui me concerne, la meilleure manière de procéder était la suivante : il fallait que nous ayons le plus d’unités possibles à montrer aux journalistes et nous devions être en mesure de leur prêter ces téléphones pendant plusieurs jours afin qu’ils s’approprient l’objet (et accessoirement puissent frimer avec l’objet en question).

Nous en étions au tout début de la téléphonie mobile et très rares étaient ceux qui disposaient d’un tel objet. C’était un ultime signe extérieur de richesse, après que nos aînés se soient baladés quelques années avec les lourdes valisettes des mythiques « Radiocom 2000.»

Mon client me prit au mot, négocia quelques cartes avec l’opérateur de l’époque, Itinéris (ancêtre de Orange de France Telecom) puis me confia 4 téléphones que j’avais la charge de faire tourner.

Saga de l'été : le VRP du GSM
Le premier modèle que j’eus le privilège de lancer s’appelait le GH197 (voir photo ci-contre). Il était lourd, avait une antenne flexible mais il était véritablement portable.

Si ma mémoire est fidèle, il offrait royalement une autonomie de trois heures en veille et un peu moins d’une heure en mode conversationnel. Et l’on ne parlait pas de SMS à l’époque.

Ce fut une campagne très spéciale.

J’avais en permanence les quatre téléphones sur moi et j’allais de rédaction en rédaction faire mes démos à tous les journalistes de France et de Navarre. Moi qui avais l’ambition de débattre des grandes révolutions technologiques pendant des heures, j’étais devenu pour ce client une sorte de VRP, démonstrateur à domicile pour journalistes récalcitrants.

Car il ne faut pas croire que les membres de la presse étaient enthousiastes à l’idée de voir arriver ces téléphones mobiles. Pour la plupart d’entre eux, ça ne prendrait jamais.

Oui, vous avez bien lu, la très grande majorité des journalistes étaient hostiles à mes présentations pourtant convaincues et ne prédisaient aucun avenir à la téléphonie mobile.

Ils me prenaient un peu pour un fou lorsque je leur parlais d’une révolution à venir.

Pour les plus nombreux, les conditions tarifaires des abonnements et des communications seraient définitivement rédhibitoires et ne concerneraient qu’un tout petit groupe de fortunés. Inutile dans ce cas d’en faire un article.

Pour les autres, c’était juste un truc de frimeur, à l’image de William Lémergie qui, lors d’un Télé Matin où j’avais réussi à « caser » un téléphone, lança à son chroniqueur volubile qui le présentait sur le plateau : « Bof, c’est pas pour moi, ça. C’est juste un truc pour frimer aux terrasses des cafés, vraiment quelque chose d’inutile.» Sans commentaire.

Au contact de tous ces visionnaires, je me suis beaucoup amusé à travailler pour Ericsson car j’avais pour la première fois de ma carrière entre les mains un objet de technologie à destination du grand public, alors que la plupart des campagnes que j’avais menées jusqu’à présent concernaient le monde professionnel.

J’avais enfin le sentiment de promouvoir quelque chose qui allait changer le monde, et pas simplement celui des « happy few » ou des grandes directions informatiques des sociétés du CAC 40.

Nous étions au tout début d’une immense histoire et je n’hésitais pas à prétendre qu’un jour, tout le monde aurait un téléphone mobile dans la poche.

C’est cette conviction qui me poussait à revenir toujours et encore avec ma sacoche pleine de téléphones et finalement me moquer du ridicule de ma propre situation.

Pour la petite histoire, lorsque les journalistes me réclamaient un prêt, je leur disais que je n’avais aucun téléphone de libre avant le vendredi suivant.

C’était souvent un mensonge. Ce que je voulais en disant cela, c’est m’assurer qu’ils ramèneraient le téléphone chez eux et qu’ils auraient ainsi l’opportunité de le montrer à toute leur famille. Car je savais que leur mépris de surface ne tiendrait pas longtemps face aux « waouh » de leurs proches.

Les succès rédactionnels tiennent parfois à de toutes petites choses.

A suivre...

Rédigé par Christophe Ginisty le Mardi 31 Juillet 2012

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Christophe Ginisty

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