Media-Trainings
Ca y est, nous avions enfin le gros client dont nous rêvions depuis si longtemps, HP. Nous allions pouvoir grandir et produire toute la palette de services que nous avions imaginés.
La première étape consista à effectuer un audit complet de la manière avec laquelle ils communiquaient avec la presse. Je fis les interviews de tous les dirigeants puis de quelques journalistes clés qui étaient en contact régulier avec l'entreprise. Plusieurs constats furent établis suite à ces entretiens et je dessinai une feuille de route que la direction de la communication devait suivre pour perfectionner son empreinte éditoriale.
L'audit eut lieu durant l'hiver 1990. Je ne me souviens plus très bien des dates mais, par contre, j'ai les images de la restitution au Président, comme si c'était hier.
Kléber Beauvillain était un homme extraordinairement charismatique. Il dirigeait HP France après en avoir été un distributeur (du moins c'est ce dont je me souviens).
C'était quelqu'un de très empathique, doué d'un sens relationnel hors du commun. Il connaissait chaque recoin de son entreprise et n'ignorait aucun de ses collaborateurs qui se comptaient déjà par milliers. Il tenait à établir des relations personnelles avec chacun et c'est un peu dans cet esprit qu'il voulut m'entendre exposer mes recommandations.
Nous eûmes rendez-vous un midi dans une salle privative du restaurant d'entreprise et j'eus l'opportunité et le temps de lui faire toutes mes remarques, y compris les plus critiques. J'étais littéralement stupéfait par sa qualité d'écoute et pour l'attention qu'il me consacrait.
A la fin du déjeuner, il se leva, me tendit la main et me dit : "Eh bien, jeune homme, félicitations ! Ce que vous dites a beaucoup de sens et nous allons suivre vos conseils et appliquer chacune de vos recommandations."
C'était inespéré !
Après la direction de la communication, ce "grand monsieur" attribuait de la valeur à mon travail et m'invitais à poursuivre. J'étais aux anges.
Complices, le directeur de la communication et la responsable des relations de presse ne cachaient pas non plus leur joie d'avoir finalement choisi un prestataire que leur patron avait d'une certaine manière adoubé. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes pour paraphraser Panglos dans Candide de Voltaire.
Le premier exercice "à balles réelles" fut une conférence de presse organisée au Press Club de France le 5 mars 1991. Oui, il y a des dates qui marquent plus que d'autres.
La division micro-informatique devait annoncer toute une série de nouveaux produits et nous avions travaillé le fond des interventions en suivant scrupuleusement mes recommandations. Cette conférence de presse, c'était un peu ma première oeuvre et j'étais fébrile à l'idée d'en constater le succès. C'est certain, tout allait bien se passer, j'avais tout prévu et tout était bordé.
Ce fut une catastrophe.
Alors que nous avions une soixantaine de journalistes rassemblés dans le salon Lazareff du Press Club de France dont les locaux étaient à l'époque avenue d'Iéna, les présentations se succédèrent et au fil des minutes, je réalisai que nous étions totalement à côté de la plaque. Les journalistes étaient furax, certains quittaient la salle en hurlant leur mécontentement. Bref, ce fut un cauchemar de plus d'une heure et demi.
Lorsque le moment fut venu de "débriefer à chaud" comme le disait ma cliente, je pris la parole et, en guise de post-mortem, j'exprimai tous mes regrets d'avoir loupé un élément fondamental dans la préparation de la conférence de presse : l'entraînement des porte-parole.
Ce n'étaient pas les messages qui étaient mauvais mais les intervenants qui n'avaient pas su faire autre chose qu'une présentation outrageusement commerciale à des journalistes professionnels qui n'attendaient pas ça.
Ce jour-là, je compris que le nerf de la guerre n'était pas dans l'audit mais dans la formation de celles et ceux qui allaient restituer les messages. Je pris mon téléphone pour appeler mon client et parler à Kléber Beauvillain une nouvelle fois. Je devais lui dire que j'avais commis une erreur. Je voulais lui dire que je m'étais en partie trompé, que j'avais oublié un truc fondamental.
Il m'écouta puis me dit : "D'accord, je vais écrire un message interne. Désormais, personne ne pourra parler à la presse sans avoir suivi une formation préalable. Ca vous va ?"
Oui, Kléber, lui répondis-je.
Et c'est un peu ce sinistre 5 mars qui fut à l'origine du développement de mon agence. En l'espace de 3 ans, je dus former tous les cadres dirigeants de l'entreprise, du chef de produit au directeur général en passant par le DRH. Des dizaines de personnes qui reçurent l'ordre de passer une journée entière avec moi pour se perfectionner dans l'exercice de la prise de parole devant des journalistes.
Ce fut un exercice passionnant et l'opportunité pour le professeur de progresser autant que ses élèves.
Le jeune auditeur devenait personnage incontournable de l'organisation, passage obligé vers la notoriété personnelle. Mes premiers média-trainings étaient lancés, il ne restait plus qu'à les perfectionner.
A suivre...
La première étape consista à effectuer un audit complet de la manière avec laquelle ils communiquaient avec la presse. Je fis les interviews de tous les dirigeants puis de quelques journalistes clés qui étaient en contact régulier avec l'entreprise. Plusieurs constats furent établis suite à ces entretiens et je dessinai une feuille de route que la direction de la communication devait suivre pour perfectionner son empreinte éditoriale.
L'audit eut lieu durant l'hiver 1990. Je ne me souviens plus très bien des dates mais, par contre, j'ai les images de la restitution au Président, comme si c'était hier.
Kléber Beauvillain était un homme extraordinairement charismatique. Il dirigeait HP France après en avoir été un distributeur (du moins c'est ce dont je me souviens).
C'était quelqu'un de très empathique, doué d'un sens relationnel hors du commun. Il connaissait chaque recoin de son entreprise et n'ignorait aucun de ses collaborateurs qui se comptaient déjà par milliers. Il tenait à établir des relations personnelles avec chacun et c'est un peu dans cet esprit qu'il voulut m'entendre exposer mes recommandations.
Nous eûmes rendez-vous un midi dans une salle privative du restaurant d'entreprise et j'eus l'opportunité et le temps de lui faire toutes mes remarques, y compris les plus critiques. J'étais littéralement stupéfait par sa qualité d'écoute et pour l'attention qu'il me consacrait.
A la fin du déjeuner, il se leva, me tendit la main et me dit : "Eh bien, jeune homme, félicitations ! Ce que vous dites a beaucoup de sens et nous allons suivre vos conseils et appliquer chacune de vos recommandations."
C'était inespéré !
Après la direction de la communication, ce "grand monsieur" attribuait de la valeur à mon travail et m'invitais à poursuivre. J'étais aux anges.
Complices, le directeur de la communication et la responsable des relations de presse ne cachaient pas non plus leur joie d'avoir finalement choisi un prestataire que leur patron avait d'une certaine manière adoubé. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes pour paraphraser Panglos dans Candide de Voltaire.
Le premier exercice "à balles réelles" fut une conférence de presse organisée au Press Club de France le 5 mars 1991. Oui, il y a des dates qui marquent plus que d'autres.
La division micro-informatique devait annoncer toute une série de nouveaux produits et nous avions travaillé le fond des interventions en suivant scrupuleusement mes recommandations. Cette conférence de presse, c'était un peu ma première oeuvre et j'étais fébrile à l'idée d'en constater le succès. C'est certain, tout allait bien se passer, j'avais tout prévu et tout était bordé.
Ce fut une catastrophe.
Alors que nous avions une soixantaine de journalistes rassemblés dans le salon Lazareff du Press Club de France dont les locaux étaient à l'époque avenue d'Iéna, les présentations se succédèrent et au fil des minutes, je réalisai que nous étions totalement à côté de la plaque. Les journalistes étaient furax, certains quittaient la salle en hurlant leur mécontentement. Bref, ce fut un cauchemar de plus d'une heure et demi.
Lorsque le moment fut venu de "débriefer à chaud" comme le disait ma cliente, je pris la parole et, en guise de post-mortem, j'exprimai tous mes regrets d'avoir loupé un élément fondamental dans la préparation de la conférence de presse : l'entraînement des porte-parole.
Ce n'étaient pas les messages qui étaient mauvais mais les intervenants qui n'avaient pas su faire autre chose qu'une présentation outrageusement commerciale à des journalistes professionnels qui n'attendaient pas ça.
Ce jour-là, je compris que le nerf de la guerre n'était pas dans l'audit mais dans la formation de celles et ceux qui allaient restituer les messages. Je pris mon téléphone pour appeler mon client et parler à Kléber Beauvillain une nouvelle fois. Je devais lui dire que j'avais commis une erreur. Je voulais lui dire que je m'étais en partie trompé, que j'avais oublié un truc fondamental.
Il m'écouta puis me dit : "D'accord, je vais écrire un message interne. Désormais, personne ne pourra parler à la presse sans avoir suivi une formation préalable. Ca vous va ?"
Oui, Kléber, lui répondis-je.
Et c'est un peu ce sinistre 5 mars qui fut à l'origine du développement de mon agence. En l'espace de 3 ans, je dus former tous les cadres dirigeants de l'entreprise, du chef de produit au directeur général en passant par le DRH. Des dizaines de personnes qui reçurent l'ordre de passer une journée entière avec moi pour se perfectionner dans l'exercice de la prise de parole devant des journalistes.
Ce fut un exercice passionnant et l'opportunité pour le professeur de progresser autant que ses élèves.
Le jeune auditeur devenait personnage incontournable de l'organisation, passage obligé vers la notoriété personnelle. Mes premiers média-trainings étaient lancés, il ne restait plus qu'à les perfectionner.
A suivre...















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