Christophe Ginisty

Sarkozy, Fillon : analyse de leur stratégie du devoir sacrificiel


Rédigé le Lundi 10 Juin 2013



Sarkozy, Fillon : analyse de leur stratégie du devoir sacrificiel
C'est sans doute le pire feuilleton que la politique française va continuer de diffuser au cours des prochaines années, ceux qui se préparent à l'UMP pour la prochaine présidentielle croient bon d'adopter une stratégie de communication très particulière pour parler au coeur des français : ils se sont mis en tête d'y aller "par devoir."

Privé de parole publique en raison de son engagement à se retirer de la vie politique d'une part mais surtout de son statut de membre du Conseil Constitutionnel qui lui interdit de prendre part au débat public, Sarkozy fait faire le boulot à ses plus proches conseillers. 

Un peu partout fleurissent des unes sur le thème : Que voulez-vous, il a promis de se retirer de la politique mais personne n'est plus compétent que lui et il doit revenir pour nous sauver du désastre.

Sorte de chevalier blanc par contumace, Nicolas Sarkozy met en scène le désir de lui-même de manière tout à fait spectaculaire et outrancière, comme l'illustre cet entretien de Patrick Buisson dans le journal Le Monde ou celui qui est connu pour avoir inspiré la ligne politique de l'ancien président n'hésite pas à déclarer : "Aujourd'hui, il n'y a en France qu'un homme d'Etat, c'est Nicolas Sarkozy. Face à la dynamique du FN, toute autre candidature que la sienne exposerait la droite au risque d'une élimination au premier tour. Il est le seul en capacité de rassembler. C'est pourquoi sa candidature s'imposera naturellement comme l'unique recours. Pour peu qu'il sache renouer son dialogue singulier avec le peuple français et avec son histoire. Et sur ce point, je n'ai aucun doute."

Rien que ça ! 

François Fillon n'est pas lié par la moindre fonction institutionnelle, c'est donc tout librement qu'il a fait ton grand oral télévisuel un peu rituel la semaine dernière. Et même stratégie de communication.

Ce n'est pas tant lui qui le veut que les événements qui l'imposent : "la situation en France est tellement difficile que chacun doit comprendre la difficulté de gouverner notre pays aujourd'hui. Ça ne peut pas être par envie, en tout cas pas dans la psychologie qui est la mienne (...) Je le fais parce que je pense que c'est mon devoir, avec l'expérience qui est la mienne, aujourd'hui de proposer aux Français des solutions. Ca sera à eux de choisir."

Vous l'avez compris, dans l'un et l'autre cas, on joue la carte de l'homme providentiel, du sauveur autoproclamé. Mais c'est un stratégie de communication extrêmement périlleuse pour au moins trois raisons que je voudrais évoquer ici. 

L'envie est la moindre des politesses 
Une situation peut à certains moments révéler le besoin d'un sauveur mais en politique, il me semble que la moindre des choses consiste à avoir envie de se battre pour le bonheur de ses concitoyens. Sans entrer dans le fond du débat mais en restant sur la posture, l'action politique doit être incarnée par de la détermination et portée des gens qui sont désireux de s'occuper des autres. Il ne s'agit pas d'afficher son envie du pouvoir mais son envie d'engagement et c'est le minimum que peuvent attendre les électeurs. 

En communiquant sur le devoir, les protagonistes ne se donnent pas les moyens de mettre en scène quelque chose de déterminé et de positif. Ils subissent d'une certaine manière les événements et conditionnent leur mise en marche à la volonté des autres.  

Une stratégie impossible à plusieurs
Se mettre en posture d'être le sauveur d'une situation fonctionne si vous êtes le seul dans ce rôle.

Il peut devenir très compliqué d'avoir de la concurrence en l'espèce. Sarkozy sauveur ? Fillon aussi ? Qui est le plus sauveur des deux ? Et s'ils se jettent à l'eau tous les eux, que ne vont-ils pas se combattre pour être sûrs d'être le premier à sauver celui qui est sensé se noyer ? 

Autant il est commun et facile de départager deux candidats qui sont en compétition sur un projet, autant il est délicat de le faire entre deux personnes qui sont arrivées dans la salle d'attente en promettant qu'ils étaient celui que les gens attendaient. Cela peut même donner lieu à des situations particulièrement grotesques pour ne pas dire "courtelinesques." 

Une des limites de cette stratégie de communication est de ne pas avoir été précédée de la moindre coordination entre les protagonistes, même si l'on comprend pourquoi. 

Le pari de l'échec 
Enfin, la stratégie qui repose sur la certitude d'incarner le moment venu l'unique sauveur providentiel repose tout de même sur un pari, celui de l'échec total de la politique menée par l'équipe en place. Je dirais même plus : plus l'échec est important, plus la situation est dramatique et plus l'idée de sauveur a des chances de faire son chemin dans l'esprit des électeurs. 

Alors, j'imagine à ce stade que si vous êtes de droite, vous allez me dire que l'échec est inévitable et que vous êtes prêt à parier ce qu'il vous reste d'économies sur l'apocalypse d'ici à 2017. 

Non seulement je vous dirais que rien n'est moins sûr mais, sans rentrer une nouvelle fois dans un débat idéologique, je vous dirais aussi que la stratégie du sauveur est un pari beaucoup trop risqué. C'est une stratégie conçue en 2013, par forcément pour la réalité à laquelle nous aurons à faire face dans 4 ans. 

Et c'est là tout le problème de cette stratégie qui est une sorte de quitte ou double prédictif. Elle n'a de chance de fonctionner que si la France est au fond du trou et en dehors du côté limite pour un politique que de l'espérer pour s'affirmer, je n'aurais jamais pris le risque de prendre ce pari car il contient beaucoup trop d'incertitudes. 

Je crois donc que c'est un erreur de communication faites par ces deux protagonistes, erreur qui pourrait se montrer fatale face à une Marine Le Pen qui, de son côté, n'aura aucun problème à faire bataille sur sa détermination. 

A suivre...

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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