Christophe Ginisty

Sarkozy : Pourquoi le départ du Conseil Constitutionnel est une erreur de communication ?


Rédigé le Vendredi 5 Juillet 2013



Sarkozy : Pourquoi le départ du Conseil Constitutionnel est une erreur de communication ?
Quand j’ai appris l’annonce du départ de Nicolas Sarkozy du Conseil Constitutionnel, une image m’est immédiatement venue en tête, celle de Raoul Volfoni dans le désormais légendaire Tontons Flingueurs et plus précisément le moment où, lassé de se prendre des coups, il a cette réplique éternelle :
 
« Mais moi les dingues, j’les soigne, j’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère, j’vais lui montrer qui c’est [Nicolas]. Aux quatre coins de Paris qu’on va l’retrouver, éparpillé par petits bouts façon puzzle…Moi quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile !... »
 
Vous connaissez la suite…
 
Si j’ai eu cette scène en tête — comique de la situation en moins — c’est que l’immédiateté de la réaction m’a fait penser à un gros accès de colère, à l’explosion quasi épidermique d’un homme à bout, éprouvé dans sa capacité de résister aux nombreuses affaires que la justice instruit en ce moment et qui convergent toutes vers lui.
 
Malgré le peu de recul que nous avons encore sur cet épisode, je peux néanmoins vous dire que c’est une erreur de communication magistrale que vient de commettre là l’ancien président de la République et pour au moins quatre raisons.
 
La perte d’une stature fabuleusement protectrice
Qu’on le veuille ou non et même si l’on n’est pas proche de ses convictions et déçu de son action passée, sa stature d’ancien Président de la République, membre du Conseil Constitutionnel et conférencier international avait de quoi participer à la création d’une nouvelle légende.
 
Lui que l’on a connu excité, boulimique de médias, hyperactif, « plus gesticulant qu’un chihuahua cocaïnomane » pour reprendre cette formule géniale de Pierre Desproges, avait pour la première fois de sa vie la possibilité de se faire désirer sans devoir faire le boulot de séduction lui-même.

Entre ses anciens lieutenants créateurs et animateurs d’une association à sa gloire et des journalistes attentifs aux moindres faits et gestes annonciateurs d’un retour potentiel, le nom de Nicolas Sarkozy était évoqué dans toutes les réunions politiques sans que Nicolas Sarkozy n’ait besoin pour cela de faire du Nicolas Sarkozy.
 
En termes de communication, c’était une situation absolument idéale et même si l’on pouvait effectivement s’attendre à ce que cela ne dure pas, la stature en question le protégeait des coups trop directs d’une opinion passionnée par cette justice zélée et son impatience de rendre les coups aurait dû se modérer.
 
Le pire moment pour entrer dans la bataille
Il est toujours délicat d’être dans une posture de réaction et d’envoyer un message à l’opinion qui traduit votre extrême fébrilité. L’émotion n’est jamais bonne conseillère en matière de communication de crise et lorsqu’on prend la parole, on doit le faire en ayant pesé les mots et en développant un message positif. Et l’attitude doit incarner le fond de la prise de parole.
 
En annonçant sa démission du Conseil Constitutionnel (dont, soit dit en passant, un ancien président de la République ne peut pas démissionner puisqu’il n’y a pas été nommé) Nicolas Sarkozy commet un acte qui trahit son embarras, met en scène sa colère mais rien de plus constructif.
 
La confusion d’une défense
La plupart des gens avec qui j’ai parlé de cette info hier m’ont dit : « il a raison, car au moins maintenant, il va pouvoir se défendre… » Mais se défendre de quoi ?
 
Le Conseil Constitutionnel est la plus haute juridiction française et à ce titre, on ne peut pas contester, remettre en cause, faire appel ou espérer casser ses décisions. Celles-ci sont définitives et ont la force constitutionnelle qui est supérieure à toutes les autres lois.
 
Démissionner pour se défendre est hors sujet en l’espèce. Il pourra toujours plaider médiatiquement, ce qui revient à faire de la com, mais c’est tout.

C’est une erreur d’envoyer ainsi un message brouillé. S’il revient, la décision du Conseil Constitutionnel n’y est pour rien, c’est en réalité qu’il n’en tient plus de se taire dans toutes les affaires où il est impliqué et cela préfigure une belle bataille de chiffonniers qui n’est pas à la hauteur des enjeux futurs.
 
Une cause partisane, pas une cause nationale
Ceux qui sont les victimes de la décision du Conseil Constitutionnel d’invalider les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy ne sont pas tous les français mais les adhérents de l’UMP. Car qui dit comptes invalidés dit absence de remboursement par l’état et grave manque à gagner pour le parti en question.
 
En annonçant son départ du Conseil Constitutionnel, Nicolas Sarkozy a fait de cette affaire une affaire nationale alors que c’est un affaire presque interne.
 
D’ailleurs, son message sur Facebook renvoie bien à une affaire interne lorsqu’il commence par ces mots : « A la suite de la décision du Conseil Constitutionnel, le premier parti d’opposition de France (…) ne bénéficiera d’aucun remboursement public.»
 
Vous me direz peut-être que le risque de faillite d’un parti politique majeur de la scène française a un impact national. Peut-être d’un point de vue politique mais cela n’aura aucune influence sur le quotidien des français et leur éventuelle sortie de crise.

Lorsque l’on revendique une stature d’homme d’état, faire son retour pour une affaire de cet ordre n’est pas très stratégique. Un retour pour sauver les français d’un péril imminent aurait tout de même eu plus de gueule !
 
Pour toutes ces raisons, je crois vraiment que la séquence que nous venons de vivre marque une erreur de stratégie de communication. Et c’est une erreur que commettent un très grand nombre de dirigeants confrontés à des attaques successives et qui deviennent incapables de se tenir et de maîtriser quoi que ce soit.
 
C’est très difficile à intégrer mais la gestion de crise demande une infinie sérénité. Et ce n’est vraiment pas ce qui qualifie ce retour tonitruent.
 
A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par fultrix le 06/07/2013 22:40
Moi, une autre expression m'est venue : "plus c'est gros, plus ça passe" ... Surtout auprès des militants.
Si j'en crois le "sondage" msn/M6 du jour, 54% des sondés volontaires ne souhaitent pas le retour en politique de NS.

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