Sarkozy et la presse : nous nous sommes tant aimés


Rédigé le Vendredi 6 Avril 2012


Sarkozy et la presse : nous nous sommes tant aimés
Ce matin, je lisais L'audace perdue de Nicolas Sarkozy, le dernier billet de la journaliste du Monde François Fressoz sur son blog et quelque chose m'a sauté aux yeux.

Le fait qu'il y a chez elle comme chez de très nombreux journalistes politiques français cette espèce de nostalgie mêlée de mélancolie à l'évocation du Nicolas Sarkozy de 2007. 

"Il y a cinq ans, le candidat UMP avait gagné l’élection présidentielle en remportant la bataille des idées. Il avait asséché tous ses concurrents en préemptant les valeurs, le projet et les propositions. C’était un candidat audacieux. Cette fois-ci, il sèche, sa besace est vide...", commente la journaliste du Monde.

Au-delà de la véracité ou non de cette information, il y a depuis la fin des années 90 une véritable fascination des journalistes pour Nicolas Sarkozy. Enfant prodigue de la droite française, il a su très tôt créer des relations d'amitié avec les membres de la presse qui l'ont accompagné tout au long de sa carrière.

Ce ne sont pas les journalistes qui l'ont élu à la présidentielle, mais ils se sont tellement extasiés et pendant des années devant ce surdoué des médias qu'ils l'ont très vite positionné au rang de favori. Ils lui ont mis le pied à l'étrier.

Lorsque la photo qui illustre cette note a été prise, j'étais dans la salle, ayant été invité en tant que blogueur politique par l'UMP pour "couvrir" les universités d'été qui se déroulaient à Marseille à la fin de l'été 2006. J'étais juste à côté du photographe qui a immortalisé ce moment. 

N'ayant pas l'habitude des grands rassemblements politiques et surtout des coulisses médiatiques de ces événements, j'avais été subjugué de voir arriver Sarkozy, ce samedi après midi pour rencontrer les journalistes en "off", c'est-à-dire de manière informelle.

Non seulement il les connaissait tous et tout le monde s'embrassait comme du bon pain en s'envoyant des "Tu" et des "Toi" à longueur de phrase, mais il y avait une atmosphère surréaliste dans cette réunion improvisée dont le souvenir ne m'a jamais quitté.

J'ai pu mesurer ce jour-là l'incroyable connivence qu'il pouvait exister entre le monde politique et le monde médiatique. C'en était même choquant, pour moi qui m'attendait à une forme de distance déontologique et éthique. J'ai pu mesurer également toute l'affection que les journalistes avaient pour l'animal politique qu'était à l'époque le Ministre de l'Intérieur.

Attention, je ne dis pas que les journalistes ont pour autant voté pour Sarkozy (j'en connais davantage qui ont voté pour Bayrou) mais ils l'ont adoré médiatiquement parlant et ils ont contribué à le positionner là où il est.

Aujourd'hui, un quinquennat est passé. Comme le suggère François Fressoz dans sa note, la fougue a laissé place à la monotonie et on a le sentiment qu'il y a chez les journalistes cette forme d'amertume des amants déçus.

Ils en sont presque désolés de le voir ramer comme il le fait dans cette campagne. Ils attendaient 2012 pour revoir le combattant remonter sur son cheval et repartir à l'assaut de sa citadelle comme en 2007.

Ils ont un soldat désarmé et à pied qui a perdu sa superbe et dont ils regrettent ce panache qui les a tant impressionnés.



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Christophe Ginisty
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