Christophe Ginisty

Se protéger du public, le nouveau défi des communicants ?


Rédigé le Jeudi 13 Juin 2013



Se protéger du public, le nouveau défi des communicants ?
On parle beaucoup et à juste titre des réseaux sociaux et de la manière avec laquelle les organisations peuvent communiquer et entrer dans les conversations avec les parties prenantes. Les agences prestataires rivalisent d'ingéniosité pour dégager des budgets de leurs clients, pour prouver qu'il est essentiel d'aller là où les gens sont et tentent d'évangéliser sur les nouvelles formes d'interaction. 

C'est bien, intéressant, prometteur même en termes de potentiel de chiffre d'affaires, mais est-ce vraiment là que se situent les principaux défis pour les organisations communicantes ? 

Personnellement, je ne le crois pas. 

Je pense qu'il existe une série de challenges que les organisations et les professionnels refusent poliment d'affronter, challenges qui sont tous issus des nouvelles formes d'expression des individus et de la dangerosité que cela représente pour l'équilibre des réputations. 

Sans vous entraîner dans un raisonnement anxiogène (qui n'est pas du tout compatible avec mon optimisme chronique), je voudrais néanmoins m'attarder sur ce point. 

Les technologies de l'information, les médias et les réseaux sociaux ont fourni aux individus des armes de communication massive. Ils sont des millions à s'en être saisis et à en expérimenter la puissance quotidiennement. 

Ils en maîtrisent les rouages et les codes et sont si nombreux et si agiles qu'ils peuvent faire ou défaire, applaudir ou punir, aimer ou calomnier au gré de l'humeur d'une actualité qu'ils amplifieront forcément. 

Alors qu'ils n'étaient que spectateurs sur la scène médiatique il y a encore quelques années, les individus sont devenus auteurs, commentateurs, amplificateurs. Ils sont devenus des médias à part entière mais des médias sans contrôle, sans éthique particulière et parfois sans la moindre limite. 

Là où nous, professionnels de la communication, avons vécu des années à tenter de protéger le grand public des dérives manipulatoires des organisations ou des personnes pour lesquelles nous travaillions, nous devons désormais réfléchir s'il n'est pas devenu tout aussi utile de protéger la société dans son ensemble des dérives outrancières et des exès d'une opinion publique en liberté. 

Je pense qu'il y a là un chantier immense et que c'est un chantier essentiel. 

De la même manière que nous devons nous refuser à tout angélisme lorsque nous évoquons l'Internet et les réseaux sociaux, nous devons poser de manière pragmatique les risques que cette nouvelle sphère médiatique qui s'exprime dans tous les sens, bruyamment et de manière totalement incontrôlable fait peser sur la communauté. 

Le web est le théâtre de toutes les libertés d'expression (et j'en ai été le premier à les promouvoir et m'en réjouir) mais c'est aussi le théâtre de la liberté de mentir, de tromper, de nuire sciemment et de désinformer. 

Prenons bien garde à ne pas le négliger.

Je travaillais hier avec d'autres professionnels des relations publics sur les règles de déontologie qui doivent s'imposer à nos métiers à l'heure du numérique et j'ai soumis l'idée que nous devions désormais nous intéresser à devenir les artisans de l'intégrité et de la sincérité de l'information, quelque soit le sens dans lequel l'information circule, du haut vers le bas ou du bas vers le haut.  

J'en suis persuadé, nous passerons plus de temps demain à protéger nos clients contre des campagnes de dénigrement et de déstabilisation qu'à promouvoir leurs dernières innovations. Notre rôle d'agents attachés à la promotion des messages cèdera peu à peu la place à celui de gardes du corps de la réputation des marques, des organisations ou des personnes pour lesquelles nous travaillerons. 

Si vous y réfléchissez deux secondes comme je vous invite à le faire aujourd'hui, cela vous ouvrira de nouveaux horizons. Notre métier va s'enrichir de la prise en charge de cette nouvelle dimension et se transformer peu à peu avec la montée en puissance du rôle de public. 

Il ne s'agit pas pour moi de décrire un monde fait de noirceur qui ne serait qu'hostilité et agressivité mais d'envisager sérieusement l'hypothèse que la gestion de la réputation dans un monde digital ne pourra se gérer qu'en prenant en compte la bidirectionnalité des flux d'information et anticiper l'idée que le "bottom up" sera source d'innombrables dangers. 

C'est sans doute pour ça que je crois autant aux technologies qui permettent d'écouter ce qui se passe sur le web et d'en comprendre la portée. Et je prédis que les acteurs qui disposent aujourd'hui d'une offre sérieuse en la matière seront les stars de la communication de demain. Mais je vous en reparlerai. 

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par fultrix le 14/06/2013 17:23
Inutile de faire des lois ou des règlements spécifiques au monde électronique, le code pénal dispose déjà de l'arsenal répressif adéquate.
Encore faut-il vouloir s'en servir, savoir le manier et en avoir fait la promotion ...
C'est là que VOUS intervenez auprès de vos clients ...

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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