Christophe Ginisty

Sixième et dernier épisode de ma rétrospective 2010 : l'année starting blocks


Rédigé le Vendredi 31 Décembre 2010



Sixième et dernier épisode de ma rétrospective 2010 : l'année starting blocks
Cela va peut-être vous paraître étrange, mais c'est sans doute l'une des choses qui me choquent le plus dans le spectacle de la politique. A peine en milieu de mandat, c'est-à-dire avant même d'avoir accompli la moitié de ce pour quoi ils avaient reçu le suffrage des électeurs, les élus se mettent en ordre de bataille pour la prochaine élection. A croire que la seule motivation d'un politique n'est pas de se consacrer pleinement au service de la collectivité mais de conserver le pouvoir qui lui a été confié.

Durer plutôt que de servir, voilà une anomalie majeure que notre système politique, qui ne comporte pas de disposition capable de régler l'épineuse question de la longévité politique, organise pour sa perte.

Trois ans et demi après l'élection de Nicolas Sarkozy, tout le monde est donc prêt et tient à le faire savoir. A commencer par le président lui-même qui nous a donné une étonnante démonstration de constitution d'équipe de campagne à l'occasion du dernier remaniement. La France n'a plus de gouvernement, au diable les préoccupations nombreuses et légitimes des français, les ministres sont là pour gagner la prochaine bataille.

Il y a aussi les grands perdants de la dernière fois. Ségolène Royal qui est partie la première, pensant qu'elle allait entraîner dans l'arène une Martine Aubry demeurée insensible et placide face aux gesticulations de la présidente de la région Poitou Charentes. François Bayrou, lui aussi, s'est mis en piste en 2010. Le béarnais semble désormais soulagé de ne plus avoir à porter le poids des dernières élections locales qui lui furent calamiteuses. La route est presque droite jusqu'à la présidentielle, maintenant qu'il s'est fait réélire à la tête de son groupuscule avec un score de général africain. 

D'autres prétendants au titre sont passés à l'échauffement au cours de cette année charnière. Marine Le Pen, dopée aux hormones UMP semble bien partie pour jouer la surprise du premier tour. Dominique de Villepin qui, malgré son absence totale de fond et un procès en embuscade, pourrait bien tenter d'aller jusqu'au bout et piquer des voix à la droite modérée. Et puis il y a DSK dont l'entourage sait qu'il répugne à passer par l'épreuve des primaires et qui mesure chaque jour un peu plus la chance d'avoir un job en or à la tête du FMI, un job qui lui confère pratiquement la stature d'un chef d'état sans lui en apporter tous les... emmerdes.

Et puis il y a Mélenchon, le nouveau Georges Marchais, et la très suffisante Eva Joly dont la Norvège a pu mesurer l'efficacité et n'est pas mécontente de nous l'avoir rendue.

Mais comme le cynisme politique n'a pas de limite, il y a aussi ceux qui ne vont pas participer à la présidentielle mais qui se préparent déjà pour... 2014. Rachida Dati et Chantal Jouanno nous ont fourni un pitoyable exemple de carriérisme politique, elles qui commencent déjà à se bouffer le nez par médias interposés pour la prochaine municipale à Paris. Songez que la dernière élection municipale a eu lieu il y a seulement 2 ans, qu'il reste 4 ans à faire au service de ses administrés et qu'on se dispute déjà les investitures.

C'est vraiment à vous dégouter de la chose politique, du moins telle qu'elle est pratiquée en France. Car en ne parlant que du coup d'après, en se rangeant ainsi dans les starting blocks de la future élection, les élus nous montrent tout le désintérêt qu'ils ont pour la gestion des affaires courantes, ce pour quoi ils ont été élus.

Mais parce que la désespérance n'est pas un sentiment qui m'habite, j'aimerais finir cette dernière note de l'année en vous disant à quel point j'espère que nous, citoyens engagés, pourront contribuer à changer les choses en 2011. Je ne crois pas à la fatalité, je ne crois pas non plus aux challenges impossibles. Cela ne sera pas simple mais soyons conscients du fait que nous avons les moyens de changer cette société politique que nous critiquons tant à raison.

Que 2011 soit l'année de cette révolution pacifique qui redonnera enfin à la fonction politique toutes ses lettres de noblesse. C'est avec cet espoir que je vous présente tous mes vœux pour cette nouvelle année que je vous souhaite à la hauteur de vos espérances légitimes.

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Commentaires articles

1.Posté par Ch. Romain le 31/12/2010 19:49
"Deux ans et demi après l'élection de Nicolas Sarkozy, tout le monde est donc prêt et tient à le faire savoir."

C'est pas plutôt trois ans et demi ? Sarko a été élu en mai 2007 et nous sommes en décembre 2010...

Bonne année !

2.Posté par Christophe Ginisty le 31/12/2010 21:24
Effectivement, corrigé.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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