Christophe Ginisty

Sous les pavés, la rage : chronique d'une république éreintée


Rédigé le Vendredi 19 Avril 2013



Sous les pavés, la rage : chronique d'une république éreintée
Alors que les débats sont clos au parlement et que le vote solennel en faveur du projet de loi sur le mariage pour tous devrait intervenir mardi prochain, le simple citoyen et l'observateur passionné de la communication politique que je suis arrive à la fin de ce marathon avec un abominable goût amer en bouche.

Non que je sois mécontent de voir ce projet enfin adopté — au contraire puisque j'y suis favorable depuis le début — mais cette séquence où les français se sont écharpés les uns les autres dans le un délire crescendo de violence et de haine est probablement l'une des plus détestables périodes qu'il m'ait été donné de vivre.

Autour d'une question que les britanniques ont voté en quelques heures à peine, question qui témoigne de l'évolution nécessaire de nos sociétés en faveur d'une égalité des hommes et des femmes de ce pays, quelle que soit leur préférence sexuelle, nous, français n'avons été capables, dans un camp comme dans l'autre, que d'invectives, de mépris, et de sentiments qui ont conduit les éditorialistes à nous ressortir des attributs révolutionnaires d'une France prête à couper tête de l'autre.

A quelques jours de lever notre verre à une avancée majeure de notre droit, cette ambiance me met très mal à l’aise.

Sans entrer dans le fond du débat et raviver les discussions sans fin, mon sentiment est que si nous en sommes là, c'est entièrement à mettre au passif de nos leaders politiques qui n'ont pas su trouver la voie de la plus élémentaire dignité sur cette question comme sur les autres. Ils sont enfermés dans des postures extrêmes et leurs comportements ne sont pas à la hauteur du mandat que le suffrage universel leur a confié.

Et chaque camp a sa part de responsabilité.

Les élus de gauche n'ont pas réussi à communiquer leur leadership et leur ambition sur ce projet. Ils l'ont traité dans les affaires courantes, de manière presque banale et sans inciter les français à se mobiliser massivement en faveur de cette réforme de notre société. Ils n'ont pas impulsé le mouvement et ont laissé le débat naître dans le camp des opposants.

Les élus de droite n'ont pas su rendre leur désaccord intelligible et se sont opposés par principe, par colère, voire par intégrisme. Ils ont traité le dossier de manière politicienne alors qu'il fallait le faire de manière sociétale en confrontant un projet de société à un autre. Sans parvenir à faire émerger des arguments forts, ils ont laissé les extrémistes de tout poil dérouler leurs thèses nauséabondes avec une violence inacceptable.

Dans l'un et l'autre camp, on a manqué d'envie, de leader, de leadership et ce sont les extrêmes qui ont gagné au final.

Mais si la société française en est venue à une telle agressivité, n'oublions pas que nous le devons à une pratique de la politique française qui a cessé de se définir par projet et idéologie — deux choses éminemment positives — mais par l'instrumentalisation du rejet de l'autre.

Nicolas Sarkozy a une très grande responsabilité dans cette situation. Il n'est pas le seul mais nous ne pouvons pas ne pas le citer. N'oublions pas qu'il a presque inventé cette manière de communiquer qui a consisté en permanence à se positionner par le clivage et par l'exclusion de l'autre.

En stigmatisant sans cesse une partie de la population — les immigrés, les jeunes de banlieue, les roms, les musulmans, les syndicalistes...— il a convaincu les français que les problèmes ne se réglaient que par l'élimination du péril que représente l'autre. Il a contribué à dessiner un pays où les difficultés ne sont pas réelles mais où il suffit d'anéantir le gêneur pour survivre et prospérer.

A ce titre, je pense qu'il a une responsabilité historique.

Mais au-delà de la méthode de communication de Nicolas Sarkozy, ce que nous venons de vivre avec l'épisode du mariage pour tous est sans aucun doute le signe que ce qui régit la communication politique en France est à bout de souffle.
 
Les hommes et les femmes politiques ne savent plus se parler, ne parviennent plus se respecter et donc ne communiquent plus et abandonnent à des groupuscules et des égéries de pacotille le "ministère de la parole." Et cette absence de communication rejaillit sur l’opinion qui n’arrive plus à les entendre et les comprendre.
 
En plus d’une crise économique, nous vivons une crise de la parole politique qui n’est plus inspirante. Livrés à eux-mêmes, les citoyens des deux camps n’ont plus d’autre choix que de se combattre dans un parfum de détestation qui envahit toutes les strates de la société.
 
Formons le vœu que nous saurons tous apprendre de cet épisode sinistre et que le lien qui nous unit se ressoudera.
 
A suivre…
 

               Partager Partager
Notez


Lu 1534 fois

Commentaires articles

1.Posté par fultrix le 20/04/2013 00:00
Vous faites la distinction entre citoyens et représentants politiques, pourtant, les premiers votent pour les seconds ... cherchez l'erreur !
Il me semble que chacun, pour de mauvaises raisons donne à l'autre ce qu'il souhaite entendre et voir.

Je lis parfois des blogs ou des sites de partisans de la manif' pour tous, histoire de comprendre.
Le projet de loi n'est qu'un prétexte pour mettre un peu plus le couvercle sur le chaudron, en attendant qu'il déborde, avec le plus de violence possible, car bien des gens pensent pouvoir prospérer sur la misère ainsi générée.
A eux la grandeur, à nous la servitude.

2.Posté par Jean - Pascal le 20/04/2013 20:31 (depuis mobile)
Pas mieux
J\'aurais aimé avoir tes talents de rédacteur et ta capacité de synthèse pour écrire cette note tant elle reflète à la fois mon sentiment et mon analyse sur la médiocrité de nos elus

3.Posté par Christophe Ginisty le 21/04/2013 20:16
Merci Jean-Pascal pour ce commentaire.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :

Douce France ? - 08/06/2016

1 2 3 4 5 » ... 7

Politique | Opinion | PERSO | Libertés | Communication | WebDiversity | Culture | ReputationTime



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme https://t.co/V33ua6UkFn
Mardi 6 Décembre - 11:39
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme: Hier soir, j’ai regardé attentivement la... https://t.co/RNF0sSpEt4 https://t.co/chZ53Eo2YO
Mardi 6 Décembre - 10:11
En même temps, il parait que réduire de 20km/h la vitesse à Paris, ça revient à aller en marche arrière https://t.co/ouRNnfcfV9
Lundi 5 Décembre - 13:21
@PolitiqueInfo au contraire, je trouverais ça très malin
Lundi 5 Décembre - 12:49
Allez, je parie sur Najat Vallaud Belkacem pour remplacer @manuelvalls à Matignon @najatvb
Lundi 5 Décembre - 12:39
Fait pas chaud en moto https://t.co/DFdoxOWc5O
Lundi 5 Décembre - 08:47

Recherche