Christophe Ginisty

Terrorisme : Devons-nous vraiment vivre avec ça ?


Rédigé le Lundi 13 Juin 2016



Les meurtres se suivent et se ressemblent. Avec une facilité qui fait froid dans le dos, des cinglés se procurent des armes, débarquent dans des lieux publics ou privés et tirent dans le tas.

Au Bataclan en novembre, un aéroport en mars dernier, dans une boite gay ce week-end... L'horreur se répète, nous adressant le message de son implacable fatalité.

Ces macabres séries nous prouvent que nous ne sommes nulle part à l'abri, qui que nous soyons, sous la menace d'apprentis terroristes, enfants de nos démocraties, fanatisés par une haine de circonstance sous la sombre bannière d'un combat dont ils ignorent les fondements mêmes. 

Ce que je trouve terrifiant avec ce qui se passe depuis les attentats contre Charlie Hebdo est que nous sommes confrontés à des ennemis animés par une haine apparemment vicérale de notre société et de tous les attributs de sa modernité : la liberté d'expression, la laïcité, l'égalité des hommes et des femmes, quelles que soient leurs préférences sexuelles. Ce n'est pas une guerre de religion, c'est une croisade de haine qui vise à la destruction de ce que nous sommes, vous, moi, enfants  du monde occidental. 

Les leaders politiques ont beau répéter en boucle qu'ils n'ont pas peur, que tout ça ne nous fera pas changer et que la terreur ne gagnera pas. N'empêche, ça fout les jetons !

Je crois que c'est la première fois que je me sens personnellement ainsi visé. Par moi personnellement et nommément, mais moi à travers l'homme que je suis, le citoyen européen issu d'une culture judéo-chrétienne occidentale, enfant de la démocratie. 

Je me souviens d'une conversation avec le Ministre Egyptien du tourisme dans le cadre d'une conférence  à Sharm El Sheikh et en préparation de ReputationWar 2014. Je lui demandais pourquoi, alors que le Président de l'époque avait été démocratiquement élu, son gouvernement combattait avec une telle véhémence les élus issus de la mouvance de Frères Musulmans. ll me répondit à peu près ceci : 
"Mais ne crois pas que ce soit un problème égyptien ou spécifique. Le projet de ces gens est de vous exterminer, d'éliminer tout ce que représente l'occident. Ils ne s'arrêteront pas aux frontières du monde arabe. C'est aussi ton problème ou en tout cas ça ne va pas tarder à le devenir."
A l'époque, j'avais trouvé ça dément. Je ne suis plus si sûr de moi aujourd'hui. 

Je crois qu’il faut changer la manière avec laquelle nous envisageons cette vague de terreur aveugle pour regarder les choses en face. Et nos dirigeants doivent aussi adapter la manière avec laquelle ils communiquent sur le sujet. Les successions de déclarations en mode « même pas mal – même pas peur » ont quelque chose d’infiniment naïf et inconsistant qui ne contribue pas à donner l’image d’une compréhension réelle du problème.

Si nous ne voulons pas que tous les Trump de ce monde récupèrent l’effroi avec l’exclusive morbide dont ils sont capables, nous devons modifier notre traitement de l’information.

Quand Joachim Roncin a créé le logo « Je suis Charlie » le 7 janvier 2015, il a réalisé sans le savoir vraiment la plus pertinente des réponses. En employant la première personne du singulier, il a illustré l’idée prémonitoire que nous étions, chacun d’entre et au fond de nous-mêmes, le sujet. Et ce fut à mon avis, la raison de la portée universelle du message.

Au lendemain de la tuerie d’Orlando contre la communauté gay, du double meurtre dans les Yvelines, dans la droite ligne du Musée Juif de Bruxelles, de l’attaque du Thalys, de Charlie et Zaventem,… Ce ne sont pas des communautés en particulier qui sont ciblées.

Nous devons comprendre que nous sommes collectivement et individuellement la cible de ces tarés et que, à mon grand regret, nous allons devoir vivre encore quelques années avec cette menace insidieuse, invisible et imparable, fomentée par des ennemis venant de l’intérieur.

La solution ?

Vous pensez bien que je n’en ai pas la moindre idée et que le sujet est suffisamment complexe pour ne pas se hasarder à des « y-a qu’à » « faut qu’on » de café du commerce.

Cela passe sans doute par un changement profond de nos sociétés dans la manière avec laquelle elles conçoivent et se comportent avec le reste du monde, par une plus grande tolérance et l'arrêt de la stigmatisation ou l'opposition dogmatique de modèles de société. Cela passe peut-être aussi par une remise en cause éclairée de ce que nous avons imaginé depuis des décennies, voire des siècles. Sans doute un enjeu de plus que les générations futures devront relever. Encore un ! 

A suivre…

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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