Transparence de la vie politique : chronique d'un manque de confiance des leaders politiques


Rédigé le Dimanche 14 Avril 2013


Transparence de la vie politique : chronique d'un manque de confiance des leaders politiques
Alors que demain nous connaîtrons le patrimoine de tous les membres du gouvernement et bientôt d'autres élus de la république, une chose me frappe depuis que la cette promesse de transparence est sur toutes les lèvres : les hommes et les femmes politiques ont une peur bleue que tout cela ne dégénère.

Je l'ai écrit il y a quelques jours, si je trouve que la transparence est une bonne chose dans l'absolu, je ne crois pas ce que soit la réponse adaptée à la crise dans laquelle nous ont plongé les magouilles de Jérôme Cahuzac.

Comme je le disais dans cette note : "Qu'on le veuille ou non, la communication des patrimoines des élus et des membres du gouvernement va avoir un effet pervers dans cette France qui n'est pas amie de l'argent. Cela va conduire les Français à soupçonner toutes celles et tous ceux qui sont disposent du patrimoine le plus élevé. Pourquoi tel ministre est-il propriétaire d'un château? Pourquoi dispose-t-il de plusieurs appartements dans les quartiers chics de la capitale? Et qui paye les études dispendieuses de ses enfants dans les meilleures écoles du monde? A toutes ces questions, certains Français seront tentés de répondre par le doute et la rumeur, réflexes pavloviens d'une population qui souffre et qui ne veut pas accepter le principe même d'inégalité. Car la transparence patrimoniale conduit à faire de la possession de biens un signe extérieur d'une richesse que d'aucuns considèrent incompatible avec la fonction politique. Sans compter que l'on déniera aux plus nantis le droit d'être sociaux, humains, proches du peuple... socialistes même."

J'écoute les leaders politiques, ministres, anciens ministres, députés, sénateurs se succéder à la radio et sur les plateaux de télévision et ce qui m'intepelle dans leurs interventions est qu'ils éprouvent tous une peur bleue que les français caricaturent leurs déclarations et s'en amusent.

J'ai compris que ce dont ils avaient peur était en réalité l'outrance des réseaux sociaux dont ils ne maîtrisent pas les codes et dont la violence les terrorise de manière continue depuis des années.

Quand on lit attentivement les réticences des uns et des autres, on voit que les critiques se focalisent sur les dangers de l'expression directe des individus. Que cette société sans médiation les consterne et les paralyse.

Claude Bartolone, Président de l'Assemblée Nationale a ainsi affirmé : "Déclarer, contrôler, sanctionner, c'est de la transparence. Rendre public, c'est du voyeurisme. L'émotion d'un moment ne doit pas aboutir à ce que les députés soient jetés en pâture."

Même tonalité chez René Dosière, l'un des symboles de la moralité du train de vie de l'état, et presque m êmes mots : "Le principe de la transparence en politique est plutôt une bonne chose. Non maîtrisée, cette transparence peut effectivement aboutir à du voyeurisme, et même du populisme."

Bastien Huyghe, député UMP, va même parler d'atteinte à la vie privée en s'indignant : "Les électeurs n'ont pas à savoir si je suis divorcé, si j'ai reçu un héritage après un décès dans ma famille. C'est malsain. Où est-ce que cela va s'arrêter?"

Vous le voyez, toutes ces réactions sont du même ordre et ciblent les dérives dont les français pourraient se montrer coupables en découvrant les patrimoines de chacun.

Qu'est-ce que ces réactions nous apprennent sur la société dans laquelle nous vivons et sur la dimension média-politique qui m'intéresse plus particulièrement ?

Le manque de confiance des politiques.

Alors que les politiques nous demandent à longueur de journée de leur faire confiance, leurs réactions montrent de façon criante que, de leur côté, ils ne nous font pas confiance.

Bien sûr que l'on va faire des classements entre le plus riche et le plus pauvre, bien sûr que l'on va s'amuser sur les réseaux sociaux à encourager celui ou celle qui est à la ramasse et qui n'a finalement rien à déclarer. Bien sûr qu'on va railler telle voiture pourrie ou tel compte épargne peu fourni. Bien sûr aussi que l'on va se focaliser quelques jours sur le plus fortuné d'entre eux.

Tout cela va être potache et pas toujours très fin mais de là à croire que les français vont modifier la destination de leur bulletin de vote pour autant, il y a un monde.

Je ne pense pas pour ma part que les gens soient aussi stupides et basiques que cela. S'ils ont reconquis une forme de liberté d'expression sur le web, expression qui rime souvent avec outrance, ce n'est pas pour autant qu'ils oublient de faire la part des choses lorsqu'ils se prononcent dans l'isoloir.

Accuser les citoyens de voyeurisme n'est pas sérieux et c'est très loin d'être un compliment adressé au corps électoral par ceux qui en sont issus. 

L'erreur de communication que commettent les politiques en se comportant ainsi est d'accuser les citoyens d'une culpabilité imaginaire et potentielle alors qu'ils n'ont encore rien fait. C'est franchement le monde à l'envers.

Car il faut remettre les choses à leurs places. Les citoyens ne sont coupables de rien, ils aspirent seulement à retrouver les chemins de la confiance par des preuves tangibles, suite à des affaires à répétition qui les ont conduit à éprouver du dégoût pour la politique. Les possibles réactions exagérées sur les réseaux sociaux — car il y en aura — ne sont que le signe d'une volonté de s'approprier l'information et de la faire sienne.

Encore une fois, je ne fais pas l'apologie de la transparence et de ses effets sur la moralisation de la politique. Mais je trouve en même temps que les politiques qui la redoutent envoient un message tout à fait détestable à leurs administrés. Et ils oublient un peu vite que la confiance est quelque chose qui se construit à deux.

A suivre...


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Christophe Ginisty
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Commentaires articles

1.Posté par FrédéricLN le 15/04/2013 08:57
Je suis d'autant plus d'accord que… ces déclarations existaient déjà pour les candidats à la présidentielle, et ça n'a jamais posé de problème politique.

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