Christophe Ginisty

Trump : "Fake" président et vraie dérive totalitaire


Rédigé le Jeudi 12 Janvier 2017



La conférence de presse ‘donnée’ hier par Donald Trump restera probablement gravée comme un moment fort de l’histoire de la démocratie américaine.

Au-delà du spectacle désolant qu’elle fut par la prestation d’un type qui ne connait visiblement pas ses dossiers, ce fut un condensé de remise en cause de l’équilibre des pouvoirs et une attaque frontale contre celui de la presse.

En refusant de répondre aux questions, en déniant le droit à CNN de formuler la moindre interpellation, en mettant fin à l’exercice de matière anticipée et autoritaire, le Président élu s’est inscrit en rupture totale vis-à-vis de la longue tradition démocratique américaine qui a toujours fait du pouvoir des médias un pilier consensuel et respecté du vivre ensemble.

Il faut que tout le monde le comprenne, cela va bien plus loin que la simple colère contre des rumeurs de dossiers russes qui ne sont, à ce jour, pas fondées. C’est une dérive autocratique majeure qui, à moins d’une semaine de l’investiture, est très inquiétante.

Il n’y avait pas que de la condescendance et de l’exaspération chez Donald Trump hier, il y avait un profond mépris contre ce que représentent les médias et cette accusation de colporter de fausses nouvelles de la part d’un type qui s’est faire élire sur la culture du mensonge est absolument délirante.

Peut-être s’agit-il ici d’une simple erreur de « débutant » de la part d’un homme soudainement grisé par sa nouvelle puissance politique, un peu comme l’avait affichée Nicolas Sarkozy en janvier 2008 lors de sa première présentation des vœux à la presse où il avait tenté d’humilier Laurent Joffrin, alors patron de la rédaction du quotidien Libération.

Peut-être s’agit-il au contraire de quelque chose de plus profondément ancré dans le personnage et le ton assumé et déterminé d’une future présidence. Si tel est le cas, si Trump décide de gouverner en aliénant la presse et lui dénier le droit fondamental de jouer son rôle de lanceur d’alerte, alors nous sommes bien face aux prémices d’un pouvoir dictatorial.  

Je vous l’ai dit, c’est un événement majeur.

Mon propos n’est évidemment pas de sacraliser la presse et de mettre les journalistes sur un piédestal. Dans le vacarme ambiant et confrontés à des tentatives de manipulation de toutes sortes et de toutes origines, les rédactions se trompent parfois et se rendent coupables de colporter de plus en plus souvent des informations non vérifiées et non étayées.

Ils participent malgré eux à nous faire entrer dans l’ère de cette désormais fameuse « post-truth » et ils doivent évidemment redoubler de vigilance.

D’ailleurs, dans l’affaire qui concerne Trump et la Russie, si l’origine de l’info est un rapport rendu public par les services secrets, beaucoup de journalistes ont refusé d’en faire état dans l’impossibilité de vérifier la véracité des faits.

Mais ce n’est pas parce que la presse peut se tromper qu’il est pour autant acceptable de la voir muselée par le pouvoir politique d’une manière ou d’une autre. La liberté de la presse et son indépendance vis-à-vis des autres pouvoirs sont l’un des fondements de nos démocraties et sans son rôle de garde-fou, il ne peut y avoir de pluralisme, de pensée critique et de mise en perspective d’une réalité beaucoup trop malmenée et notamment sur les réseaux sociaux.

Oui, la conférence de presse de Donald Trump est un signal très préoccupant sur la nature du régime qui va se mettre en place et soyons très attentifs. Le futur président des Etats-Unis, lui-même produit du mensonge, pourrait être tenté de masquer son inexpérience par un excès d’autorité de nature à faire basculer son pays dans le chaos du totalitarisme.

A suivre… 

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Commentaires articles

1.Posté par david le 12/01/2017 14:50
Christophe, pas de panique.

Les US sont une democratie solide.

Je pense que Trump sera tres similaire a Sarkozy.

Il fera un mandat et se fera sortir par n'importe quel candidat "normal" comme Hollande.

C'est marrant, Segolene Royal avait un charisme assez similaire a celui de Hillary: la comparaison trump / sarko est valide et je la crois rassurante.

Pas de panique. Bonsoir!

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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