Christophe Ginisty

Trump : chronique d'un cauchemar américain


Rédigé le Jeudi 3 Mars 2016



Je fais partie d'une génération qui a grandi avec l'idée du rêve américain. Une sorte de slogan ancré dans la tête de mes parents et grands-parents, colporté par les baby-boomers comme une sorte d'identité culturelle, repris avec allégresse et enthousiasme par les ados de mon époque, les yeux et les oreilles rivés vers les Etats-Unis avec le désir ardent d'y aller un jour, d'être là-bas, là où ça se passe.

Envouté par le rock'n roll, les productions hollywoodiennes et leur mythes vivants, le Coca et les premiers McDo (celui du Boulevard St Michel à Paris), Apple et sa Silicon Valley, j’ai grandi avec une certaine forme d’admiration non béate mais bien réelle pour les USA.

Même si la première fois que j’y ai mis les pieds, c’était pour aller dans le Kentucky (une expérience !), ce n’était pas un voyage comme les autres, c’était presque une sorte de rite de passage.

Ne vous méprenez pas, je n’étais pas un inconditionnel de la culture américaine, une sorte de fan absolu, très loin de là. Je ne l’ai jamais été. Mais je pense que, comme la plupart des gens de mon âge, j’avais une fascination curieuse pour ce qu'il s’y passait. Depuis, j’y suis allé des dizaines de fois et je suis devenu bien plus objectif et critique, j’ai découvert le monde et notamment l’Asie qui m’émerveille beaucoup plus encore. Mais bon, j’ai toujours conservé une affection pour les Etats-Unis quelque part inscrit dans mon ADN.

Et puis est arrivé Donald Trump, son outrance, ses grosses ficelles médiatiques, sa vulgarité universelle et surtout, ces dizaines de milliers de personnes qui guettent chacune de ses apparitions médiatiques avec gourmandise et passion et qui vont jusqu’à le propulser en tête des candidats de son camp.

Bien-sûr, je ne suis pas américain et donc pas directement concerné par le vote mais ce spectacle me désole et contribue porter un coup sévère à ce rêve américain que je décrivais en début de note. Comment un si grand pays peut-il voter pour quelqu'un d'aussi petit ?

Ce qui est en train de se produire aux Etats-Unis est pour moi un choc d’une très grande violence, même si j’en comprends les racines et les mécanismes. C’est l’état quasi ultime de l’appauvrissement de la parole politique au profit de la posture médiatique. C’est le triomphe de l’outrance télévisuelle sur la pensée, de la puissance fictionnelle sur la réalité.

Ce qui est le plus affolant, c’est qu’il s’agit là du triste reflet de notre époque, et cela ne concerne pas que les USA.

Trump est une créature enfantée par deux terribles parents, la médiocrité du leadership politique d’une part et la prédominance du tout médiatique où l’émotion submerge l’information, d’autre part. Ce couple n'existe pas uniquement aux Etats-Unis.  

Trump est d'une certaine manière celui que nous méritons, nous qui n’avons pas été suffisamment vigilants pour renvoyer à leurs chères études ceux qui nous dirigent mal depuis des décennies. Il est celui que ses pairs ont laissé grandir, à force de compromissions et de professionnalisation.

Dans un article passionnant du New York Times qui raconte et analyse le drame du camp républicain à se débarrasser de ce personnage encombrant, on distingue à la fois le malaise des cadors du parti face au milliardaire gesticulant mais aussi leur impuissance lié au côté parfaitement obsolète de leur organisation.

Je ne sais pas si Trump va réussir à obtenir l’investiture américaine et je ne me hasarderais pas à faire des plans sur la comète. Ce que je peux simplement dire avec la plus grande certitude, c’est qu’il représente un type de personnage politique qui va se répandre dans de nombreux pays à travers le monde. En France dans un an – mais pas que – des bêtes médiatiques populistes du même niveau vont pouvoir occuper le devant de la scène et rassembler au prix des mêmes outrances.

C’est franchement flippant mais nous devons nous en servir comme d’un électrochoc.

C’est devenu l’un de mes chevaux de bataille : nous devons retrouver le chemin du discernement et de l’intelligence, nous prémunir contre la désinformation et empêcher de telles entreprises de manipulation des masses de recueillir nos suffrages. Nous valons mieux que çà, pour peu que nous nous en donnions la peine.

C’est un enjeu de société fondamental. Ne nous laissons pas avoir et restons vigilants.

A suivre…

A lire également : The Clothespin Campaign: A French History Lesson For Anti-Trump Republicans  

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Commentaires articles

1.Posté par Carole Campbell le 03/03/2016 19:05
un vrai cauchemar américaine et une menace mondial.

2.Posté par beatrice Gourhant le 03/03/2016 23:28
Je vis aux USA depuis maintenant 4 ans et le vivre au quotidien est désolant. Je partage ton point de vu ! Affligeant mais tellement le miroir d une partie de la population qui ne s est pas trouvée. Les médias sont responsables d une partie mais pas qu'eux ...

3.Posté par fultrix le 12/03/2016 23:22
Cela commence dès l'école. Le niveau de l'enseignement, jusqu'aux high school est une catastrophe ... depuis les années 80, les années Reagan. Il faudrait faire une comparaison entre l'age des électeurs "Trump" et ces adolescents des années 80 pour comprendre le phénomène auquel nous assistons outre-atlantique, juste avant qu'il se manifeste chez nous ... Si ce n'est déjà fait, aux vus=es de la progression du vote FN.

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