Christophe Ginisty

Valls-Taubira : une polémique médiatique ridicule


Rédigé le Mercredi 14 Août 2013



Valls-Taubira : une polémique médiatique ridicule
Cela fait trois jours que l'affaire est à la une de tous les médias nationaux : Manuel Valls et Christian Taubira seraient sur le point d'en venir aux mains si l'on en croit les journalistes qui pointent des divergences de vue majeures entre le Ministre de l'Intérieur et la Garde des Sceaux. 

C'est tout juste si l'on ne nous parle pas de crise politique majeure. D'ailleurs, je me demande si certains n'ont pas utilisé cette expression. 

De quoi s'agit-il en réalité ? Tout est parti d'une fuite. Le Monde a mis la main sur une lettre que le Ministre de l'Intérieur avait envoyé au Président de la République dans laquelle il disait ceci : 

"J'attire votre attention sur les désaccords mis en lumière par le travail interministériel qui s'est engagé récemment autour du projet de réforme pénale présenté par le ministère de la justice. Ainsi, et même si nous saluons un rapprochement des points de vue concernant notamment la nécessité d'engager très rapidement des réformes organisationnelles, indispensables à la crédibilité de notre politique de lutte contre la récidive, la quasi-totalité des dispositions de ce texte a fait l'objet de discussions, voire d'oppositions du ministère de l'intérieur, qui a toutefois tenu à proposer des alternatives."

Le problème est que les journalistes s'arrêtent ici alors que l'esprit de la lettre de Manuel Valls est d'essayer de trouver un point d'accord avec sa collègue de la Justice, ce qu'il précise d'ailleurs en conclusion : 

"J'insiste, en outre, sur la nécessité de construire la "soutenabilité" politique de ce texte en référence aux réformes de fond sur lesquelles nous avons conjointement et récemment communiqué en conseil des ministres, la garde des sceaux et moi-même. Une telle perspective est en cohérence avec les réformes de structures que j'ai entreprises au sein de mon ministère et qui répondent très largement aux demandes de la magistrature : abandon de la "politique du chiffre" pour mieux appréhender les parcours et les profils délinquants, remise à plat de l'appareil statistique pour construire un diagnostic fiable de la délinquance, refondation des indicateurs pour intégrer une autre conception de l'efficacité de la politique de sécurité, réforme de l'information générale et du renseignement pour "drainer" plus efficacement l'information des territoires, recentrage de la police judiciaire dans les quartiers, etc.

Dans ce cadre, je réaffirme mon engagement total aux côtés de la Garde des Sceaux."


Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, très franchement, je ne vois pas de quoi parler de crise politique majeure.

Bien sûr, on peut disserter des heures sur le fond et sur ce que signifient les divergences de vue entre les deux ministres et Mediapart ne s'est pas privé hier de pointer ce que le journal en ligne a qualifié de dérives droitières — voire sarkozistes — de l'actuel Ministre de l'Intérieur.

Mais en termes de communication, de quoi s'agit-il ? 

Nous sommes face à un type qui écrit à son patron pour essayer de faire passer son point de vue avant qu'une décision importante ne soit prise. C'est le genre de chose qui existe dans toutes les organisations au monde. Dans toutes les entreprises, dans toutes administrations, et j'oserais dire dans toutes les rédactions au sein desquelles travaillent les journalistes. 

Il est non seulement naturel qu'il y ait des divergences de vue au sein d'un groupe humain, mais c'est même infiniment souhaitable. La diversité enrichit. Il est presque idiot de s'affoler ainsi de cet échange épistolaire qui n'était pas destiné à être rendu public et qui reflète, il est vrai, deux approches différentes. 

Là où le gouvernement doit parler d'une seule voix, c'est lorsque les décisions sont prises et que la politique est décidée. La célèbre réplique "un ministre, ça ferme sa gueule ou bien ça démissionne" ne s'applique en effet qu'au moment où le groupe doit collectivement assumer, endosser et incarner la politique choisie. 

Avant cela, le temps est à la négociation et à l'expression de la diversité des points de vue. Et c'est précisément ici que nous nous situons. 

Quelle que soit notre sensibilité politique, cette séquence est en réalité un affolement médiatique excessif dans une période estivale où il ne se passe pas grand chose en matière de politique intérieure. 

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