Voici une polémique très utile : Bourdin vs Elkabbach
Le torchon brûle entre Jean-Jacques Bourdin (RMC) et Jean-Pierre Elkabbach (Europe1). Et ce qui est en train de se produire est beaucoup plus intéressant qu'une querelle d'égos puisque cette polémique nous place au coeur du système Sarkozy et de sa soif d'avoir les médias à sa botte.
Dans l'émission Medias sur France 5, Jean-Pierre Elkabbach, interrogé sur la question de savoir si un journaliste devait se rendre à l'Elysée sur convocation du Président pour l'interviewer, a répondu par l'affirmative puis a violemment critiqué ceux qui refusaient de le faire. En ligne de mire : Jean-Jacques Bourdin, l'animateur vedette de la matinale de RMC qui s'est toujours refusé à ce type d'exercice. Puis Elkabbach d'ajouter : "Demandez à Bourdin, ce qu'il faisait à l'Élysée, il y a quelques soirs pour la décoration de quelqu'un,.... Et ce qu'il a fait pour aller demander, gentiment, discrètement, sous la cape, au Président de pouvoir l'interroger un jour. Moi, je le fais ouvertement et ça se fait !" La réponse de Bourdin n'a pas tardé. Elle a pris ce matin la forme d'une note au titre dénué d'ambiguïté : Elkabbach a menti. Il commence par rappeler les faits : J'étais à l'Élysée, invité par une amie décorée ce jour-là par Nicolas Sarkozy. En plus de 30 ans de journalisme, c'est la troisième fois que je mettais les pieds "au palais". Après la cérémonie, Nicolas Sarkozy s'est approché de moi et s'est étonné que je n'accepte pas d'aller l'interviewer à l'Élysée. Je lui ai expliqué ma position, clairement et précisément. Je ne veux pas me prêter à une opération de communication J'ai donc ce jour-là proposé au Président de la République de venir dans NOS studios répondre à NOS questions. Il ne m'a pas répondu, changeant de sujet... Puis il enfonce le clou en écrivant : J'éprouve un profond respect pour la longévité et le sens journalistique de Jean-Pierre Elkabbach, mais je prends mes distances avec ses méthodes. Attiré par le pouvoir, au service des pouvoirs depuis tant d'années, il a une conception du journalisme et de l'indépendance des journalistes que je ne partage pas. Je resterai fidèle à ma ligne de conduite et j'éviterai toute compromission. Par respect pour vous et pour moi. Cette querelle est bel et bien une querelle de fond et doit nous interpeller sur la situation du journalisme politique. Elkabbach a raison de poser le débat des connivences discrètes qui sont si nombreuses en politique. Bourdin a lui aussi raison d'aller plus loin et de poser le débat de la connivence tout court par rapport au pouvoir. Je pense qu'à l'heure d'Internet, les journalistes doivent plus que jamais se comporter en journalistes et élever autant que possible les standards de leur déontologie. C'est une question vitale pour leur profession. Et sur le fond, j'approuve totalement la position de Bourdin que j'applaudis des deux mains. Rédigé par Christophe Ginisty le Mardi 16 Février 2010
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