Christophe Ginisty

Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy s'est planté sur la politique extérieure de la France


Rédigé le Jeudi 24 Février 2011



Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy s'est planté sur la politique extérieure de la France
Il n'est pas utile d'en rajouter une couche sur le fiasco total de la politique extérieure de la France et sa perte d'influence dans le monde symbolisée par les récentes histoires ridicules de Michèle Alliot-Marie et la non-moins catastrophique entrée en scène du très prétentieux Boris Boillon.

Mais il serait trompeur d'y voir des éléments isolés et d'accabler trop vite ces "fusibles" sur lesquels l'attention médiatique se concentre en ce moment.

Si nous en sommes là, c'est bien la responsabilité de Nicolas Sarkozy. MAM, POM (comme on surnomme déjà depuis quelques jours Patrick Ollier, le compagnon de la ministre des affaires étrangères, grand ami de Khadafi devant l'éternel) et "Boris, l'ambassadeur" ne sont que des conséquences.

A vouloir centraliser tous les pouvoirs, Nicolas Sarkozy n'a jamais permis à la diplomatie de faire son boulot. Il a d'abord choisi un ancien opposant politique, Bernard Kouchner pour le job. On sait que c'était une opération de communication destinée à couper l'herbe sous le pied des socialistes. Il n'a pas placé un fidèle, un homme de confiance, comme il le fit à l'Intérieur, mais un pion médiatique. On a vu le résultat : la diplomatie fut bridée, hyper centralisée à l'Elysée, comme tout le reste d'ailleurs.

Ensuite, Nicolas Sarkozy a toujours montré un mépris pour ses homologues chefs d'état. Jaloux maladif de ne pas être le maître du monde, embarrassé de devoir composer avec des voisins avant de prendre des décisions, il a d'abord essayé de piétiner les règles de vie en communauté internationale puis s'est improvisé grand arbitre illuminé des déséquilibres mondiaux, qu'il ce soit agit des troubles dans les ex-républiques soviétiques, de l'avenir de la méditerranée ou pour régler les problèmes liés à l'explosion de la finance mondiale. Jamais, il n'a semblé être en mesure de composer dans une logique de partenariat.

L'excès de centralisation et la volonté de n'en faire qu'à sa tête ont eu deux conséquences : il a perdu le contact avec le terrain diplomatique et s'est lui-même créé les conditions de son propre aveuglement.

Ce qui est gravissime dans cette histoire, c'est que dans le monde dans lequel nous vivons, les affaires étrangères n'aient pas été traitées avec un luxe d'attentions et de précautions.

Comment peut-on aujourd'hui prétendre diriger un petit pays comme la France en méprisant le contexte international ? Nicolas Sarkozy a tenté de le faire et il vient de s'y brûler les ailes.

Maurice Levy, le patron de Publicis était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach ce matin sur Europe 1. Lorsque le journaliste lui a demandé : "pensez-vous que la France ait récemment perdu du terrain sur la scène internationale", Maurice Levy a répondu, légèrement embarrassé :

"Non, ce n'est pas la France qui a perdu du terrain. Ce sont les autres qui en ont gagné."

Évidemment ! Les autres n'ont pas Nicolas Sarkozy à leur tête.

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Commentaires articles

1.Posté par FrédéricLN le 25/02/2011 08:25
Bonjour, qu'une personne aussi sarkozyste (de conviction apparente et de raison business) que Maurice Lévy en soit là, à reconnaître que la France de Nicolas Sarkozy perd des points dans le monde, c'est en effet un poème.

Ceci dit : le terme de "maladif" à l'endroit du chef de l'Etat ne me semble pas tout à fait néthique (même si j'ai bien noté que ce blog n'est pas signataire de la néthique). Et en plus, il ne me semble pas judicieux. Etre maître du monde, ce serait une solitude que Nicolas Sarkozy ne recherche certainement pas. Il aime, apparemment, être avec les Grands, être reconnu par les Grands, et pour cela il faut des Grands.

Micro-détail factuel, le surnom "POM" est vieux de nombreuses années, plutôt que "jours".

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