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22/11/2007

Pointblog : la petite histoire

L’aventure Pointblog est un échec et je ne cherche pas à le qualifier différemment. Beaucoup de gens ont des responsabilités dans cette situation mais en tant que gérant de la société, j’en assume pleinement ma part. Voici, pour ceux que cela intéresse, le récit de cette désolante aventure. Cliquez sur le lien ci-dessous pour tout lire.

Décembre 2004 : Cela fait un peu plus d’un mois que j’ai un blog perso, six mois environ que je m’intéresse au phénomène. Je lis trois blogs quasi quotidiennement, Embruns, Loïc Le Meur et … Pointblog.

Fin décembre, Cyril Fiévet publie une note annonçant qu’il va mettre un terme à pointblog, faute de temps et d’argent. Il explique aussi que la blogosphère a changé et que le fait de tenir un journal de bord sur l’actualité des blogs nécessiterait un job à plein temps. Je ne connais pas Cyril Fiévet personnellement. Je l’ai rencontré une fois au milieu des années 90 et c’est tout. J’ai surtout fréquenté son père, un homme exceptionnel, général de l'armée de terre à la retraite et auteur de deux livres magnifiques et inspirés sur la stratégie militaire et la stratégie d’entreprise. J’ai assuré la promotion de ses livres alors que j’avais en charge les relations de presse de son éditeur. J’ai conservé un tel souvenir admiratif de cet homme que je me dis que le fils ne doit pas foncièrement être mauvais. Je décide de le contacter.

Janvier 2005 : J’ai écrit à Cyril Fiévet. Je l’invite à déjeuner au Drugstore Publicis pour lui dire à quel point il a tort d’abandonner Pointblog, que le phénomène n’en est qu’à ses débuts et qu’il faut un webzine de ce type en France pour accompagner l’explosion du phénomène des blogs. Je lui dis qu’il faut absolument qu’il continue et que, s’il le faut je l’aiderai dans cette aventure. Le déjeuner se passe bien et nous décidons de nous revoir pour prolonger cette discussion. Dans les jours qui suivent, il me dit qu’il veut bien continuer à condition que le projet soit porté par une entreprise, une structure ayant les moyens d’investir pour développer la rédaction.

Février 2005 : Nous nous mettons d’accord pour créer une société : Pointblog sarl. Cyril n’a pas d’argent à investir dans cette entreprise. Lors de la création de l’entreprise, il fait un apport en nature et cède à l’entreprise la marque « Pointblog » et le nom de domaine. J’investis via une holding personnelle, Newsgroup. Le capital est partagé en deux : Cyril Fiévet détient 49% de l’entreprise, j’en détiens 51% et je suis désigné gérant. D’un point de vue opérationnel, nous nous répartissons les rôles de façon stricte : il s’occupe de la rédaction et du contenu, je m’occupe pour ma part de la communication et de la commercialisation.

Mars 2005 : Nous relançons officiellement Pointblog. Un look légèrement retravaillé et une équipe de freelances entoure Cyril Fiévet : Marc-Olivier Peyer, développeur de nationalité suisse et Chryde, journaliste au groupe TF1. Je convaincs Cyril de s’adjoindre les services de Bertrand Lenôtre, un podcasteur. Le lancement médiatique est un succès. Tout le monde parle de ce blog, l’audience explose en quelques mois et Pointblog devient rapidement une référence du point de vue du contenu.

Avril 2005 : J’ai décidé de ne pas polluer le blog par de la publicité. Je sais que les blogueurs sont pour le moment allergiques aux bannières publicitaires. Il y a comme un vent de révolte dans la blogosphère, l’envie de s’approprier un espace libre sur la toile, un espace d’expression débridé non marchand. Je sais malgré tout qu’il faudra que la publicité finance le projet et je me mets en chasse d’une régie capable de vendre des espaces sur Pointblog. Notre stratégie est claire et jusqu’à présent consensuelle : nous lançons le blog sans pub pendant 6 mois puis, progressivement, nous intégrons des campagnes. Dire que le marché n’est pas mûr est un euphémisme. Si les blogs ont un succès médiatique énorme, c’est un succès d’estime pour les annonceurs. Personne n’est prêt à y investir réellement et je commence à m’inquiéter sur le modèle économique.

Juin 2005 : La seule structure « régie » qui semble avoir compris le phénomène est l’agence Influence. Elle nous fait part de son approche que je trouve intéressante et je décide de les inviter à nous faire des propositions.

Août 2005 : Influence m’appelle en pleines vacances. Une première campagne pourrait être signée sur pour la marque de voitures Audi. C’est une campagne d’image pour le lancement prochain de 4x4 Audi Q7. Très esthétique, très rémunérateur, nous décidons d’accepter.

Septembre 2005 : Il va y avoir de la pub sur Pointblog. Nous faisons un billet pour prévenir les lecteurs. C’est le tollé général : les fidèles nous accusent d’avoir vendu notre âme au diable, d’avoir pactisé avec le démon de la publicité. Même certains membres de la rédaction se demandent si nous avions raison d’accepter cette campagne. Le modèle économique semble compromis, du moins dans les esprits.

Octobre 2005 : Je commence à m’essouffler. Pointblog me coûte plus de 5.000 euros par mois. Il n’y a toujours aucun salarié mais le coût des freelance commence à devenir pesant d’autant plus que ce n’est que du récurent, 2.000 euros forfaitaires pour le rédacteur en chef puis 500 euros par « contributeur », quelle que soit sa production (et Dieu sait qu’il y en a qui ne foutent rien malgré leurs bonnes intentions). Nous rencontrons à ce moment les Editions Astrolabe. Contact historique de Cyril Fiévet, le directeur de cet éditeur de presse du sud de la France veut s’intéresser au monde des blogs. Il veut étudier la possibilité de lancer un titre. Son intention de départ est de débaucher Fiévet pour en être rédacteur en chef. Ce dernier veut y intégrer tout Pointblog et établir des passerelles et des synergies.

Nous discutons tout l’automne avant qu’un deal ne soit mis au point : Astrolabe va financer et éditer un magazine mensuel qui s’appellera Netizen. Pointblog est rémunéré 10.000 euros par mois pour la rédaction de tout le contenu et percevra 20% des recettes publicitaires. Je suis en plus personnellement chargé d’en assurer la promotion auprès des blogueurs et des médias. En plus de cet investissement, une soirée de lancement est planifiée pour le 25 janvier 2006, veille de la sortie du premier numéro. Un budget de 20.000 euros est alloué pour la soirée.

Janvier 2006 : Netizen sort dans les kiosques. Beaucoup de gens y ont travaillé mais l’accueil est très mitigé. Les recettes publicitaires sont convenables et le buzz est remarquable. Cyril Fiévet a piloté la rédaction en faisant travailler un nombre important de pigistes qui factures leurs prestations à la société Pointblog. Nous avons théoriquement un budget de 10.000 euros et il semble que nous soyons tout juste dedans. Personnellement je n’aime pas ce magazine et je suis très déçu du résultat. Je trouve que nous sommes trop dans une logique « les blogueurs parlent aux blogueurs ». Nous lançons le numéro 2.

Février 2006 : Pointblog.com pâtit du travail sur Netizen. Cyril Fiévet ne peut plus assurer la double rédaction en chef et Gilles Klein devient rédacteur en chef de Pointblog.com, Fiévet s’occupant désormais exclusivement de Netizen. Les espérances publicitaires du numéro 2 sont catastrophiques, de même que la distribution qui s’est montrée particulièrement défaillante. J’arpente les rues de Paris à la recherche du magazine en kiosque et je ne le trouve nulle part. Je n’arrive pas à convaincre les annonceurs d’investir dans ce nouveau magazine papier. A titre personnel, je trouve son contenu très mauvais.

Mars 2006 : Suite à une querelle et de profondes divergences de vue avec Fiévet et le patron d’Astrolable, je décide unilatéralement de quitter l’aventure Netizen. Je tente encore d’amener des annonceurs pour le 3ème numéro, mais ce sera ma dernière collaboration. Je ne crois plus au projet, je ne crois plus du tout aux hommes. Je me replie sur pointblog.

A ce même moment, pointblog commence à avoir de très gros soucis de trésorerie. Les éditions Astrolable qui s’étaient engagées à nous payer 10.000 euros par numéro ne nous payent pas. Ils nous baladent de reports en excuses tandis que les pigistes réclament justement leur dû. La situation de la trésorerie de Pointblog est particulièrement préoccupante car nous n’avons pas de réserve et nous nous sommes engagés auprès des pigistes. Par ailleurs, Pointblog reste à devoir quelques factures à certains de ses fournisseurs historiques, un contributeur suisse qui n’a pas la qualité pour émettre des factures et un autre contributeur qui, même s’il n’a rien foutu pendant des mois, se réveille en exigeant rétrospectivement ses 500 euros mensuels en vertu du principe « tout le monde au forfait ». Pointblog attendait beaucoup de l’aventure Netizen mais les choses sont en train de devenir cauchemardesques.

Avril 2006 : Cyril Fiévet détourne le nom de domaine qu’il avait pourtant cédé à l’entreprise et qui constituait son seul apport au capital. Il bloque l’accès à Pointblog en s'appuyant sur le non paiement des piges de Netizen. Il détourne le nom de domaine jusqu’alors géré par Gandhi pour le déplacer à l'étranger afin qu’on ne puisse plus l’atteindre. Il change et modifie les codes d’accès, menace de tout arrêter, se faisant l’avocat des pigistes de Netizen non encore rémunérés du fait de la malveillance d’Astrolabe, de son directeur, Frédéric François, de son principal actionnaire, Henri Papazian.

Pointblog n’ayant pas la trésorerie disponible du fait de l’arnaque Astrolabe, je suis contraint de tenter de trouver une solution. Même si c'est Astrolabe qui finance, les pigistes de Netizen sont "en contrat" avec Pointblog et se fichent bien de savoir si l'éditeur-producteur tient ses promesses. Gilles Klein, alors rédacteur en chef de Pointblog.com, emprunte de l’argent à titre personnel et permet à la structure de payer quelques factures.

Mai 2006 : Astrolabe refuse toujours de payer, fait traîner les choses en inventant de faux prétextes. Ils m’écrivent un e-mail affirmant que les journalistes ne sont pas payés tant que les annonceurs n’auront pas réglé le prix de leurs insertions. Je rappelle, un par un, chacun des annonceurs. Les retardataires effectuent tous leurs paiements. Je crois alors pouvoir récupérer mon dû. Sans succès. Désormais, l’empire familial de Henri Papazian est aux abonnés absents. Celui qui imprime le quotidien 20 minutes pour Marseille et sa région refuse de payer les journalistes. Même la soirée de lancement n’est pas payée. En tout, ce sont près de 15.000 euros que nous ne récupérons pas et sur lesquels une procédure est en cours.

Juin 2006 : Grâce à l’apport de Gilles, nous parvenons à payer tous les pigistes ayant collaboré aux trois numéros de Netizen. Je fais part à Gilles de mon intention d’arrêter provisoirement Pointblog.com, le temps de redéfinir une stratégie. Le nom de domaine a été piraté malgré le fait qu’il s’agissait du seul apport d’un des associés, les annonceurs ne sont pas au rendez-vous et les campagnes que commercialise Influence dépassent rarement les 1.000 euros par mois malgré une audience intéressante et une position enviable dans le classement de la blogosphère francophone.

Octobre 2006 : Je veux arrêter momentanément et de façon conservatoire Pointblog. Je ne peux plus me permettre d’alimenter financièrement une organisation chroniquement déficitaire et pour laquelle je ne peux pas définir librement une stratégie sans avoir la main sur le nom de domaine. Gilles me demande de continuer à alimenter le blog gracieusement, parce qu’il aime cette activité, parce que c’est important pour lui, parce qu’il est attaché à Pointblog.

Année 2007 : Pointblog.com continue son activité online grâce au seul travail bénévole de Gilles. Les éditions Astrolable n’ont toujours pas payé les sommes qu’ils devaient à Pointblog pour le travail sur deux des trois numéros de Netizen ni pour l’organisation de la soirée de lancement à laquelle toute la blogosphère a assisté. Nicolas Jouandet, un ancien de l’AFP que j’avais accueilli sur pointblog à la création de sa société pour y réaliser des interviews vidéo hebdomadaires nous a assigné. La personne qui s’occupait du webmastering a décidé lundi dernier de limiter l’accès au serveur et a refusé de mettre en ligne une campagne publicitaire vendue par Influence.

Hier, Gilles a décidé de jeter l’éponge et de tenter une aventure temporaire, le temps que les choses se calment. De mon côté, j’ai une nouvelle fois relancé mes avocats pour qu’ils assignent Astrolabe afin que nous puissions payer les quelques dettes qu’il nous reste à régler.

De cette histoire que je qualifiais en préambule comme un échec, je retiens quatre choses qui me serviront de leçon pour l’avenir.

1/ Le modèle économique du blog généraliste « professionnel » constitué de collaborateurs rémunérés n’existe pas encore, du moins pas en France. A moins d’être adossé à un très gros groupe média capable de perdre de l’argent sur le moyen terme ou de faire, comme la Télé libre, appel à des bénévoles, je ne vois pas comment on peut gagner de l’argent dans cet univers dominé par les succès d’estime.

2/ Il ne faut jamais diriger un projet web sans avoir le main exclusive sur le nom de domaine et le serveur.

3/ C’est suicidaire de payer des collaborations « au forfait ». Cela revient à donner une prime à la fumisterie.

4/ Gilles Klein est un homme exceptionnel, d’un courage et d’une opiniâtreté hors du commun. En 20 ans de carrière professionnelle, je pense n’avoir jamais rencontré quelqu’un comme lui. Il mérite vraiment le respect et l’admiration de tous.

Pour ce qui est de mon bilan personnel, c’est évidemment très déceptif. J’ai injecté près de 60.000 euros dans ce projet qui était pourtant donné comme mort en décembre 2004. Des erreurs stratégiques et le projet Netizen ont eu raison de Pointblog et avec le recul, nous n’aurions jamais dû nous lancer dans cette aventure et faire confiance à des gens d’une telle malveillance.

J’attends que la procédure engagée contre Astrolabe arrive à son terme. Je ne doute pas un seul instant que la justice nous donnera gain de cause et je pourrai alors faire en sorte que Pointblog s’acquitte de ses dernières dettes.

Fin de l’histoire me concernant.

PS : J’ai choisi délibérément de ne pas ouvrir les commentaires de cette note. Que ceux qui souhaitent polémiquer le fassent sur leurs propres espaces d’expression ou de discussion. Ils sont parfaitement libres. J’ai pour ma part une véritable aversion pour cette histoire et je ne souhaite pas que mon blog héberge le fiel de quelques incompétents bavards. Je censurerai également tout commentaire sur le sujet qui viendrait à être déposé sur une autre note.

PS2 : J’ai bien évidemment la preuve que tout ce que j’avance ici.

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Voici les sites qui parlent de Pointblog : la petite histoire :

» La fin de Point Blog de L'espace Multimédia
Le webzine référence du blogging , Point Blog, s'arrête. Christophe Ginisty revient sur l'histoire de ce blog qui parle des blogs. Mais Gilles Klein continue tout de même à bloguer sur le monde du blog, qui ressemble comme une goûte d'eau à Poin... [Lire la suite]

» Pointblog c'est (vraiment) fini ! de Yannick Lejeune - (Hyper/Inter)Actif - Webmarketing, High-Tech, Web 2.0 et Pop-Culture
Il s'en passe des choses pendant qu'on reste loin de blogs, par exemple ce dernier billet de Gilles klein sur Pointblog : Deux ans plus tard, je gère toujours quotidiennement Pointblog en toute indépendance et non rémunéré. Bien que ce [Lire la suite]

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