Conférence de presse "Création et Internet"
J'étais invité ce midi à la conférence de presse de Christine Albanel, Ministre de la Culture, qui présentait son projet de loi destiné à lutter contre le piratage sur Internet. Beaucoup de journalistes dans les salons du ministère. Beaucoup d'intérêt aussi.
La ministre a déroulé son projet. Je ne l'ai trouvée ni convaincante ni convaincue et je pense que cela vient du fait qu'elle ne maîtrise pas totalement son sujet. Elle n'est visiblement pas familière de l'Internet et s'est même livrée à quelques approximations technologiquement irréalistes.
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Le propos de départ est assez simple : la France est l'un des champions du monde du piratage d'oeuvres culturelles sur Internet (estimé à 1 milliard d'actes par an). La méthode répressive policière et judiciaire ne fonctionne pas. Expérimentons une méthode progressive et pédagogique qui repose sur l'envoi d'un e-mail puis d'une lettre recommandée à un pirate puis, si cela continue, sanctionnons par la coupure pure et simple de l'accès à Internet pour une durée pouvant aller à plusieurs mois. Tout ce dispositif sera de la compétence d'une haute autorité créée pour l'occasion, dotée d'un budget de fonctionnement de 15 millions d'euros et constituée pour la plupart de magistrats. En échange de la mise en place de cette initiative pour lutter contre le piratage, les ayant droits s'engagent à libérer les DRM dans un délai maximum d'un an (les DRM sont les outils qui verrouillent une oeuvre et empêchent ou limitent sa copie sur plusieurs supports de lecture, par exemple)
J'ai bien écouté les propos de la ministre et j'ai du mal à croire à l'efficacité de ce dispositif. Autant je trouve que le fait d'envisager une solution progressive et pédagogique est intéressante, autant je ne vois pas comment cela peut fonctionner pour au moins trois raisons.
D'abord, pour que la haute autorité en question ait un impact vertueux sur les téléchargements, il faut avoir les moyens de surveiller ce qui se passe sur le réseau et c'est complexe, limite illégal et cela demande des moyens considérables. Soit vous mettez en place une surveillance systématique (liberticide et totalement illégale), soit voir mettez en place une surveillance par oeuvre, via des mouchards déposés sur les oeuvres en question, soit vous mettez en place une surveillance par type de fichier. Vous pouvez aussi surveiller des comportements (gros transferts de données). Dans tous les cas, seuls les fournisseurs d'accès ont les moyens de mettre en place cette surveillance et je ne les vois franchement pas dénoncer leurs propres clients à une haute autorité. J'imagine déjà l'effet "répulsif" en terme de communication : "Orange vient de remettre à la haute autorité les coordonnées de 10.000 contrevenants".
Ensuite, dans la plupart des foyers, la connexion Internet est associée à la télévision et au téléphone, les français étant les champions du monde de l'ADSL (il faut bien être champion de quelque chose...) et des offres dual et triple play. Techniquement, s'il est possible de dissocier ce qui, dans le flux, sert à l'Internet de ce qui sert à la télévision, cela représente un coût non négligeable que refuseront de prendre à leurs charges les FAI. Par ailleurs, n'oublions pas que des services associés à la télévision passent par Internet (achats de programmes, de chaînes, contrôle à distance, etc.). En coupant la connexion Internet, l'opérateur sera obligé de couper bien d'autres services.
Enfin, ce dispositif a encore un temps de retard par rapport aux usages. Au moment où j'écris cette note, je suis assis au fond de la salle d'un restaurant. Mon MacBook a chopé un réseau wifi ouvert et gratuit que j'utilise pour me connecter. Rien ne pourrait m'empêcher de télécharger illégalement tout ce que je veux, sans avoir le moindre risque d'être inquiété. Demain, les accès à Internet dépasseront très largement cette vision binaire "client-fournisseur" et il y a fort à penser que nous pourrons nous connecter d'à peu près n'importe où dans les grandes métropoles. On pourra toujours couper la connexion que j'utilise chez moi, je pourrai toujours me connecter sans la moindre compétence technique. Parce qu'Internet va pénétrer notre quotidien d'une façon capillaire, la mise en place du dispositif présenté ce midi par la ministre est ridicule.
Qu'est-ce que je propose ? Bonne question, votre Honneur... Je n'ai pas la réponse définitive même si je serais tenté de mettre le paquet sur la pédagogie et l'information des internautes d'une part et la sensibilisation des artistes d'autre part.
Mais je veux bien y réfléchir avec vous. Et si l'on créait un groupe de travail "création & Internet" au sein du Mouvement Démocrate, chargé de faire des propositions concrètes ?


Si un tel groupe de travail été créé, j'y participerai volontiers ; bien que je n'ai pas de compétences surdimensionnées dans le domaine du numérique (!).
Rédigé par: Serge Brière | 18/06/2008 at 14:30
grande et éternelle question que celle du piratage.
Moi qui aime faire chauffer ma cb à la fnac je ne suis pas tellement une adepte du piratage de mp3. je prefère acheter mais honnêtement certains albums sont à plus de 15€ je comprends que certains préfèrent télécharger. Si on baissait le prix des produits culturels à l'achat peut etre que les gens seraient moins tentés de piraté.
Pour les films, j'ai abandonné, trop de mauvaise qualité, d'échec, de mauvais film... du coup je suis passée à la VOD. Au même prix qu'une location de dvd en moyenne.
En tout cas bon courage dans cette réfléxion
Rédigé par: julie | 18/06/2008 at 15:16
Le fait même que ce soit le ministère de la culture et non le secrétariat d’état chargé du développement de l’économie numérique qui prenne en charge cette question montre O combien le déphasage entre les instances gouvernantes et la réalité du "terrain". Il faut dire que les lobbyistes négationistes style Pascal Nègre ont leurs entrées au ministère de la culture. La situation est ubuesque. On tente de sauver ce qui n'est déjà plus au lieu de tenter d'inventer un nouveau système économique permettant aux artistes de vivre de leur création ou de leur interprétation.
Y a quelqu'un qui leur a dit également que les mômes ne regardent plus la télévision ?
Rédigé par: soph | 18/06/2008 at 19:00
Que la versaillaise ne se sente pas concernée par les nouvelles technologies n'a rien d'étonnant. Ses conseillers ne sont pas meilleurs, d'ailleurs. Et de toute façon, vouloir arrêter le piratage est une utopie... Il existe actuellement des mécanismes de téléchargement illégal qui se jouent des surveillances mises en place par le SELL et les organismes de surveillance (j'expliquerais volontiers ici comment faire mais je pense pas que Christophe soit d'accord)... et en plus, c'est rapide: 5 minutes pour un épisode d'une série américaine, 12 minutes pour un film et 3 minutes pour un album.
Le meilleur moyen de combattre le piratage est de mettre les biens culturels à la portée de tous: DVD à 10 ou 15 euros, Blu Ray à 20 euros maxi, CD audio à 10 euros (je parle des nouveautés, évidemment)...
Rédigé par: Marc | 18/06/2008 at 19:52
Marc -> Tu sais que tu peux tout faire ici (tu ne t'es pas vraiment géné par le passé d'ailleurs).
Rédigé par: Christophe Ginisty | 18/06/2008 at 21:59
L'ignorance humaine est impénétrable - et bien naturelle sur des sujets hautement techniques.
Mais justement, merci Christophe pour ces exemples comme celui du wifi chopé en conférence de presse, qui suffisent à démontrer que le problème n'est pas technique, il provient juste d'une croyance collective de la classe dirigeante (en l' "économie boulangère", cf billet en lien), croyance contraire aux faits les plus simples et les plus quotidiens.
Rédigé par: FrédéricLN | 19/06/2008 at 10:36
Un cas très simple, le miens :
Je met 15 minutes en bus de chez moi à la grande surface la plus proche pour m'acheter un CD. 15*2 pour le transport + on va dire 15-20 minutes pour l'achat d'un cd à 15€ ça donne :
45-55 minutes de trajet + 15€.
Avec un logiciel P2P, en 10 minutes et ce gratuitement je télécharge un album complet. De plus, 10 minutes de téléchargement, c'est très court pour être repéré par mon FAI voir impossible.
PAR CONTRE, en utilisant un logiciel P2P, je me suis connecté à internet, haut lieu de spam visuel : les publicités. Il aurait très bien été possible de m'en faire voir sur le logiciel ou le site de téléchargement, histoire de renflouer quelques caisses.
Il serait peut être temps de faire évoluer les méthodes d'économies...
Rédigé par: Defaite | 20/06/2008 at 10:19
Je pense qu'il est inutile de s'accrocher aux vieux shémas de productions et de diffusion de la musique. Internet permet une diffusion libre de tout ce qui est immatériel.
Il est nécéssaire d'en prendre acte et d'inventer de nouveaux modèles économique. Les artistes devront-ils faire plus de scène ?
Rédigé par: Antonin | 22/06/2008 at 11:47
On ne pourra jamais faire disparaître complètement le piratage. Le mieux, comme le dit Marc, serait de baisser les prix des CD, DVD... Mais est-ce que cela suffirait? Parce que pour un adolescent, qui a grandi avec internet, 10 euros pour un CD ça reste cher et quoi de plus simple que de télécharger gratuitement son album sur internet?
Dans tous les cas, il y a tellement de personnes qui téléchargent qu'il serait impossible de sanctionner tout le monde.
Je n'ai pas spécialement d'idées sur ce qu'il faudrait faire pour réduire les téléchargements (et je ne m'y connais pas assez) mais je pense que la sanction n'est pas la meilleure solution.
C'est aux maisons de disques de trouver autre chose...
Rédigé par: Steph-anne | 23/06/2008 at 13:11
A l'heure de la vulgarisation de l'internet, il paraît évident que le "piratage" a encore de beaux jours devant lui. Il est difficile d'apporter une réponse à la question de savoir comment juguler le téléchargement illégal ? J'hésite moi même parfois entre acheter un album à 15 euros et télécharger la ou les quelques chansons qui m'intéressent réellement. D'un autre côté, il n'est pas possible de sanctionner l'ensemble des contrevenants en coupant leur accès direct à internet: les FAI seront bien évidemment contre. Pourquoi ne pas fermer l'accès aux plate-formes de P2P ? Sinon je trouve l'idée de mettre des pubs sur ces plate-formes très novatrice.
De toutes manières, en France, on ne lève le pied qu'une fois le gendarme en ligne de mire. Il serait peut-être possible de multiplier les messages d'alerte et d'avertissement, voir ce que ça donne... Personnellement, je télécharge un titre et je tombe sur un message d'alerte, je vais y réfléchir à 2 fois avant de recommencer.
Rédigé par: Nicolas | 01/07/2008 at 12:31